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dimanche 23 janvier 2011

Salut Gaston!

Le 7 janvier dernier, en consultant les dernières nouvelles de l’actualité, je fus pris par surprise par la nouvelle de la mort de Gaston L’Heureux. Pour les lecteurs d’Europe fidèles à mon site, cet homme a été l’équivalent au Québec de Michel Drucker. Gaston L’Heureux représentait la crème du milieu télévisuel québécois, ayant animé des émissions de toutes sortes sur tout les sujets, et ayant interviewé d’éminentes personnalités médiatiques. Le destin l’a très durement frappé en 2007, où, victime d’un grave accident de voiture suite à un malaise cardiaque, il perd l’usage de ses jambes et devient paraplégique.

jeudi 3 juin 2010

Le pouvoir guérisseur du djembé

Depuis que je goûte aux rythmes africains à travers le djembé, et que je transmet cette passion des rythmes à une panoplie de gens, je constate à quel point cet instrument détient un pouvoir de «guérison». Détrompez-vous, je ne parle pas de miraculés, je parle ici d’effets tangibles sur le corps et sur la tête. Pour ma part, je sais que le tambour africain m’apporte un bien-être complet, que ce soit au niveau corporel ou psychique. Et ce bien-être semble partagé par une très grande majorité de gens. Je me suis amusé à recueillir certains commentaires en posant la question suivante:

Quel est votre sentiment intérieur lorsque vous jouez du djembé, comment vous sentez-vous ?

mardi 4 août 2009

La comète des Colocs éclaire Montréal

Mike Sawatsky, guitariste et membre fondateur des Colocs

La soirée était tout simplement parfaite. Comme lorsqu’une salle est de toute première qualité pour un artiste de renom. Une mise en scène parfaite pour vivre un moment que tous considéraient déjà comme unique, grandiose et sans aucun doute, à ne pas manquer: la réunion tant attendue des Colocs, groupe culte québécois des années 90 dont le regretté leader et chanteur, André «Dédé» Fortin, s’est enlevé la vie il y a maintenant 10 ans, se faisant hara kiri.

Il y a des groupes musicaux qui naissent et qui meurent, mais peu réussissent à transcender les générations comme les Colocs ont réussi à le faire. Parmi la foule plutôt impressionnante, il n’y avait pas moins de quatre générations différentes, de tout âge et de toute culture. C’est à l’image de ce groupe qui a su être à l’avant-garde de son époque, voulant mettre en pleine face du peuple québécois son ouverture sur le monde, porte étendard de son hospitalité.

Sans avoir besoin de se le communiquer verbalement, tout le monde avait très hâte de fredonner les airs connus des tounes qui ont bercé notre adolescence. Et malgré la mort de Dédé, tous pouvait ressentir sa présence, car le seul fait que les membres restants du groupe se réunissent pour la première fois depuis sa disparition, sur une aussi grande scène, est un événement en soi.

Peu avant 21h, la foule se massait le plus près possible de l’immense scène aménagée au coin des rues Jeanne-Mance et Maisonneuve. À gauche et à droite, les paroles désormais classiques des refrains des chansons du groupe retentissaient, et une électricité montait. Et c’est dans une énergie gonflée à bloc que le spectacle a commencé lorsque Sébastien Ricard, alias Batlam du groupe Loco Locass, s’est avancé seul sur scène, faisant signe à la foule de se taire, afin d’entendre ses coups de souliers à claquettes. Puis, la troupe de Gumboots Bourask se joignit à lui, lançant la soirée avec une salve de coups de bottes de caoutchouc bien sentis. Déjà, le moment musical était unique en soi. Puis, les sons des doum-doum et du djembé des frères Diouf ont retenti dans la nuit, marque de commerce des Colocs, et Mike Sawatsky, guitariste du groupe, fit son entrée sous un tonnerre d’applaudissement.

Lorsque les Loco Locass sont venus chanter Passe moé à puck, Tout seul et La traversée, la soirée a décollé sur des chapeaux de roues. C’était magnifique et délectable de voir le phœnix des Colocs renaître de ses cendres, et leur musique n’a pas pris une ride. La guitare de Sawatsky et la basse de Vanderbeist sont toujours aussi bien accordées. Et que dire des percussions des frères Diouf!! Wow! Toute la soirée, je n’avais d’yeux que pour les doum-doum d’El Hadji et du djembé de Karim. Tout le génie des Colocs réside là: amalgamer des instruments qui à prime abord n’auraient jamais leur place dans un spectacle de musique rock et festive.

Loco Locass avec les Colocs

Toute la soirée, j’ai été envahi par un capharnaüm émotif où se mêlaient la joie, la mélancolie, l’extase…J’étais complètement envahi par les souvenirs de l’époque où je chantonnais les classiques des Colocs. Quand Mike Sawatsky a entonné les premiers riffs corrosifs de Séropositif Boogie, une décharge électrique m’a traversé la colonne tellement c’était troublant de réentendre à travers la voix du guitariste et ami de Pat Esposito, harmoniciste du groupe décédé du sida, toute la fougue de cette puissante chanson. Et que dire de Pierre Lapointe, véritable ovni dans l’univers des Colocs! Avec un «tabarnak» bien senti, il a sauté sur scène pour chanter Mauvais caractère et Juste une p’tite nuite, ma chanson préférée des Colocs. Wow…un moment d’anthologie.

La soirée était loin d’être terminée. Les frères Diouf ont été étincelants lorsqu’ils ont été à l’avant-scène pour nous lancer quelques salves de djembés avec leur voix si belles. Sébastien Ricard a été bouleversant dans son interprétation de Belzébuth (MISE À JOUR 12-08-2009: meilleure qualité), et nous retrouvions l’instant d’une chanson l’incarnation en chair et en os de Dédé. Sébastien Plante du groupe Les Respectables a été vraiment très généreux dans son interprétation de la désormais classique pièce Tassez-vous de d’là. Jamais une foule n’a paru aussi heureuse de chanter en chœur avec le groupe. Tout juste après, installé à la guitare sur une plate-forme qui se soulevait dans les airs, Marc Déry a entonné les premières notes du Répondeur, et c’est à la lumière des briquets (oui, des briquets, et non des cellulaires, comme dans le temps des Colocs…) que tous ont chanté en silence et en buvant les paroles de cette très triste complainte de Dédé, annonciatrice de sa triste fin.

Tout le monde croyait avoir atteint l’apothéose émotive avec cette pièce, mais ce n’était que le hors-d’oeuvre au clou de la soirée. Les murs de la place des Arts ont soudain été tapissés de projection de chandelles, et ce fut un moment du spectacle que je n’oublierai jamais, car la foule a découvert pour la toute première fois la pièce ultime de Dédé et des Colocs, la Comète, dont voici les paroles:

Comme le temps est pesant en mon âme escogriffe
Un grand ciel menaçant, un éclair qui me crie
Ton coeur est malicieux, ton esprit dans ses griffes
Ne peut rien faire pour toi et tu es tout petit

Les nuages voyageurs font des dessins abstraits
Ils me parlent de bonheur que jamais je n’entends
Je pourrais faire comme eux et partir sans délai
Léger comme une poussière transporté par le vent

Et dans la solitude de ma danse aérienne
Le courage revenu, je trouverais les mots
Je réciterais sans cesse des prières pour que vienne
La douleur du silence d’un éternel repos, mais…

Épuisé que je suis je remets à plus tard
Le jour de mon départ pour une autre planète
Si seulement je pouvais étouffer mon cafard
Une voix chaude me dirait : tu brilles comme une comète

Comme la lune est moqueuse quand elle s’empare du ciel
Elle me regarde aller comme une lampe de poursuite
Je voudrais la détruire ou me poser sur elle
Étourdi par son charme qui jamais me quitte

Je suis comme une loupe que le soleil embrasse
Ses rayons me transpercent et culminent en un point
Allument le feu partout où se trouve ma carcasse
Et après mon passage il ne reste plus rien

Et dans la solitude de ce nouveau désert
J’aurais tout à construire pour accueillir la paix
Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers
Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais… mais…

Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
Je parle à qui veut de mon pays fictif
Le coeur plein de vertige et rongé par la peur

Dédé Fortin

Lorsque la pièce commença, la foule s’est tue religieusement, car nous entendions tous la voix de Dédé qui chantait le premier strophe de la pièce. Au beau milieu de la scène, un projecteur éclairait une chaise sur laquelle reposait la guitare de Dédé, avec au sommet de son manche son éternel chapeau melon, et à son pied, ses souliers à claquette. Il était carrément là, sur scène, avec nous tous, ce fut un de ces moments que tous se rappelleront dans des dizaines d’années. Puis, le monument de la chanson québécoise Paul Piché est venu sur scène le rejoindre, et voici ce que ça a donné.

Complètement soufflé par ce qui venait de se produire, la foule essuyait ses larmes car elle venait de retrouver de bons vieux copains qui s’étaient absentés bien trop longtemps.

Pour ma part, les Colocs représentent un groupe phare, puisqu’ils m’ont permis de découvrir la musique africaine et la percussion au travers de leur musique. Et surtout, surtout,  ils viennent de me faire vivre un des plus beaux moments de ma vie en compagnie de mes amis. En fait, il n’y a que les Colocs pour nous rappeler que la vie passe comme une Comète.

Merci Dédé, merci les Colocs et que votre musique soit immortelle!

Compilation vidéo de la soirée

MISE À JOUR (14-08-2009): Extraits vidéos du spectacle diffusé à Radio-Canada

mercredi 13 mai 2009

Le dialogue du djembé

J’ai récemment été invité à écrire un article sur le djembé pour la revue Cheminement. Cette revue spécialisée sur le bien-être parle, dans son dernier numéro, de comment entretenir des relations de qualité. Je vous invite donc à lire comment le djembé permet de pouvoir entretenir des relations sociales stimulantes, durables, contribuant à rendre notre vie sociale intéressante et agréable.

Agrandir le texte

samedi 7 février 2009

Le djembé comme itinéraire

C’est par un froid et une neige soutenue que j’arrive mardi dernier, vingt minutes avant l’heure prévue (ô miracle!), à la Maison Old Brewery, où j’ai vécu un moment extraordinaire, encore une fois grâce au djembé. Un nouveau projet d’aide sociale s’est ouvert à Samajam et j’ai l’honneur de le piloter. La mission: montrer les bases de la percussion à un groupe d’itinérants. Le but: les sortir de leur quotidien empreint de lourdeur et de solitude.

Il n’aura fallu que deux réunions, une avant les Fêtes où nous avons animé un atelier à l’équipe d’intervenants, et une autre il y a deux semaines à peine, pour tout mettre sur les rails. Quoique confiant de mes aptitudes, j’étais en proie à une certaine nervosité. « Dans quoi me suis-je encore embarqué ?» Sans trop le savoir, et tout comme avec mon groupe de personnes handicapées, j’étais sur le point de vivre une rencontre qui va probablement me marquer pour la vie.

Je n’ai pas hésité une seconde à accepter le projet. C’est là un aspect essentiel qui m’a guidé dans l’enseignement de la percussion jusqu’ici. L’aspect social, humain de l’instrument. Les vertus du djembé étant d’abord d’apprendre à jouer ensemble, en groupe, sur une base d’égalité, sans jamais chercher à rabaisser son prochain. Toujours dans une atmosphère de respect, de plaisir, de lâchez-prise. Cet état de bien-être, si j’arrive à le communiquer à ces gens qui en recherche désespérément, là sera mon salaire, là sera mon cadeau.

L’itinérance étant l’antipode de tout  objectif de vie, je vois le djembé comme étant l’étincelle qui peut allumer une flamme, toute petite soit elle, dans le coeur de ces êtres humains qui vivent chaque seconde de leur vie dans l’invisible, effacé du monde, en proie avec leurs peurs, leur colère, leur incompréhension…En même temps, l’instrument m’ouvre une porte dans ce monde que je ne connais guère. Un monde où la maladie mentale est omniprésente, où les coeurs sont encrassés par la solitude, si bien que plusieurs couches de méfiance et de fermeture recouvrent ces êtres qui jadis, avaient une vie dite normale.

Dans le fond, là réside je crois la source qui me pousse à réaliser ce projet. Personne ne choisit de devenir itinérant. On le vit, on le subit. C’est le fond du baril, lorsqu’on n’en peut plus. Et je suis persuadé que le djembé peut donner l’élan pour remonter cette longue côte, retrouver la surface, redevenir quelqu’un.

En apercevant les participants faire leur entrée dans la cafétéria ce matin-là, j’en suis à cette réflexion. Et dès les premières secondes où nous avons entamé la musique, mes comparses et moi, je me suis senti en pleine confiance, et la nervosité s’est transformé en véritable soif de vouloir transmettre cette étincelle. Je me suis retrouvé à enseigner à 25 êtres humains qui ne se doutaient pas que ce moment qu’ils s’accordent dans leur journée leur feront du bien, leur permettront non pas de décrocher de leur vie, mais de s’y accrocher, avec une poigne solide et durable.

Pour eux, c’est un nouveau départ. Pour moi aussi. Le djembé leur servira d’itinéraire. Pour se défaire de leur étiquette non méritée. Pour se prendre en main. Pour vivre enfin, et arrêter de se laisser vivre.

Voici en images à quoi ressemblait cet extraordinaire matin du 3 février où quelque part à Montréal, une nouvelle aventure de coeur a débuté.

lundi 26 janvier 2009

Le rétroviseur de 2008

Comme je l’avais fait au début de 2008, il est maintenant temps de regarder dans le rétroviseur et retracer le fil des douze derniers mois qui ont été complètement ahurissants. Voici donc une liste des moments forts de mon année percussive de 2008.

JANVIER

  • Il y a eu au début de janvier un très gros événement corporatif avec 700 djembés où tous les percussionnistes professionnels (Mélissa Lavergne, Patrick Dugas, Richard Gingras, les frères Labrosse et autres) se sont déplacés.

FÉVRIER

  • L’escapade à Val-d’Or demeure parmi les meilleurs souvenirs des événements corporatifs avec Samajam.
  • Il y a eu un cours que j’ai enseigné en février que je n’oublierai jamais tellement la finesse du jeu de groupe et la qualité d’écoute musicale étaient renversantes.

MARS

  • Un autre cours intense que je me souviens est celui où une journaliste du 24 heures s’est jointe à nous le temps de deux heures. Son article est assez éloquent de l’intensité qui régnait.
  • Comment oublier l’intense période créative qui a précédé le premier fameux spectacle de fin de session des étudiants?

AVRIL

  • Un événement résume ce mois: le grand spectacle des étudiants de Samajam. Un moment inoubliable et très émotif. Je me souviens encore de toute l’éclosion de talents réunis.
  • Il y a eu également cet après-midi passé dans une école en banlieue nord de Montréal où j’ai été témoin de la magie que peut avoir la percussion sur des jeunes. Totalement génial!

MAI

  • C’est l’événement qui est sans contredit le plus important de mon année 2008, celui où j’ai déposé mon mémoire de maîtrise à l’université. Vous ne pouvez vous imaginer le poids énorme qui s’est enlevé de mes épaules!
  • J’ai eu la chance de participer au premier événement corporatif de l’école à l’étranger, soit au festival Francofièvre de Saskatoon. Quel étonnement de voir autant de jeunes réunis parlant en français dans l’Ouest! Rafraîchissant!

JUIN

JUILLET

  • Jamais je n’oublierai la soirée passée en compagnie d’un camp de jeunes sourds et muets qui sont venus à Samajam pour un atelier de percussions. Leur bonne humeur était contagieuse et les émotions ressenties à ce moment ne peuvent être décrites.
  • Le grand jam de percussions lors du festival de Jazz de Montréal a été un fabuleux trip créatif! Je remercie personnellement Dame Nature qui nous a donné une température splendide pour l’occasion.
  • Un autre très beau spectacle auquel j’ai eu la chance de participer est l’ouverture du Mondial des Cultures avec ma prof et amie Mélissa Lavergne. De voir un tel rassemblement culturel était très impressionnant! Et notre numéro en a valu la peine!
  • La semaine du Festival Juste pour Rire a été des plus intenses car je participais à la fois au spectacle d’ouverture et au défilé de fermeture. Encore une fois, Dame Nature a été super coopérative avec nous et j’en garde de fabuleux souvenirs.

AOÛT

  • S’il y a un spectacle que je retiens de mon année 2008, c’est celui d’Amadou et Mariam donné au Métropolis de Montréal pour les Francos. Dieu que ça faisait du bien de se trémousser et lâcher son fou avec de la bonne musique!
  • J’ai profité de cette période de l’année pour m’évader en Europe le temps de 3 semaines. La visite de Paris, Bruxelles, Knokke, Gent, Bruges, Marseille, Aix-en-Provence et Lyon en dix-huit jours a été un moment pour faire le vide et me retrouver. Vive les voyages.

SEPTEMBRE

  • La rentrée automnale de Samajam a été vraiment agréable à vivre après mes vacances. J’étais prêt à replonger dans le tourbillon.
  • Un autre cadeau m’a été offert grâce au djembé: les cours donnés au Centre Lucie-Bruneau. LE moment de ma semaine, qui réussit à me convaincre encore plus à chaque fois de la puissance de cet instrument.

OCTOBRE

  • J’ai vécu un très grand moment en suivant les deux ateliers annuels du maître djembéfola Billy Konaté. J’ai pu être le témoin privilégié de son immense talent et de son savoir qui me nourrissent désormais à chaque fois que je touche à un djembé.
  • Le soir de l’Halloween, je n’étais pas déguisé. J’étais en train d’animer un groupe de jeunes handicapés visuels, mentaux et physiques à Saint-Jean. Que de belles émotions ressenties ce soir-là! Le temps n’avait plus d’importance…

NOVEMBRE

  • J’ai eu la chance de rencontrer une très grande dame de théâtre le 29 novembre dernier. Pol Pelletier a prouvé qu’il existe une toute autre façon de jouer de la percussion, celle qui invoque la présence, le coeur et le senti. Une révélation!
  • J’ai pu bénéficier de la paix et de l’excellente nourriture du Spa Eastman à la fin du mois le temps d’un week-end d’atelier de percussions. Quel accueil chaleureux et quel beau coin de pays!

DÉCEMBRE

  • L’année s’est conclue de façon hallucinante avec le fabuleux spectacle des élèves cuvée Automne 2008 dans la très belle salle du cégep Maisonneuve. Chaque fois, je suis renversé par la dose de création et de talents qui est manifestée.
  • Mon coup de coeur de l’année revient à mon groupe de Lucie-Bruneau qui a offert une prestation impeccable devant collègues et amis intervenants lors de leur dîner de Noël. Un moment qui restera gravé dans mon coeur pour toujours.

Et en avant 2009!!

Ceux qui se tiennent debout

Depuis septembre 2008, j’ai la très grande chance et le grand honneur de pouvoir enseigner à un groupe de personnes qui représentent un modèle de persévérance et une source de très grande motivation. Cette si belle rencontre a transformé encore une fois la façon avec laquelle j’enseigne la percussion. Elle y a apporté une dimension profondément humaine, où l’apport du tambour transcende le simple plaisir de jouer de la musique et apporte un baume, un bien-être insoupçonné.

Le premier contact

C’est à la mi-septembre que j’ai mis les pieds pour la première fois au centre de réadaptation Lucie-Bruneau situé dans l’est de Montréal. J’y avais été invité par Claudine, une éducatrice physique spécialisée qui a eu l’idée un peu farfelue d’initier son groupe de personnes handicapées à la percussion. « Pour eux, le but premier est de pouvoir se délier les mains, s’amuser, et travailler leur dextérité », m’a-t-elle écrit dans son invitation. Beau défi ! J’étais déjà fort enthousiaste.

En pénétrant dans la bâtisse cette journée-là, j’ai tout de suite senti que ce n’était pas un endroit comme les autres. Il y régnait une atmosphère de calme et de bonne humeur. J’allais être dans les prochaines minutes grandement surpris par cette première impression très favorable. À peine arrivé, une fille pleine d’énergie vient à ma rencontre et c’est ainsi que je rencontre Claudine pour la première fois. Durant les deux heures qui suivirent, j’ai visité le centre de fond en comble, découvrant un tout nouveau monde, celui des gens qui accomplissent des pas de géant à chaque jour, pour se libérer d’une prison: leur corps qui ne répond plus.

L’enjeu

Avec elle et avec l’aide d’une ergothérapeute, nous avons discuté de l’approche primordiale à adopter avec les participants. Nous avons décortiqué ensemble les nombreux obstacles à surmonter pour garantir le succès des cours. Imaginez-vous seulement être assis dans un fauteuil avec vos jambes complètement inertes, à tenter d’être confortable avec un djembé entre les cuisses, tout en essayant de coordonner vos bras pour frapper sur la peau! Il fallait donc imaginer des façons d’attacher les instruments, et tenir compte des handicaps de certains participants, notamment les spasmes et les muscles qui se contractent sans avertissement.

Toute cette discussion me fascinait puisqu’évidemment, je n’ai pas à penser à cet aspect lorsque j’enseigne d’habitude. Et soudainement, j’ai pris conscience que ce cours allait être non seulement un moment très important  de détente dans leur semaine, mais également, une étape très significative dans leur processus de réadaptation. Surtout que les participants de mon groupe sont rendus à la dernière phase de leur réintégration dans une vie “normale” (si on peut qualifier ça ainsi…). Pour la plupart d’entre eux, cela fait deux ans ou plus qu’ils sont en processus de réadaptation, essayant de retrouver le maximum d’autonomie que le hasard de la vie leur a enlevé sans crier gare.

L’injustice du destin

Je me souviendrai probablement toute ma vie du premier instant où j’ai souhaité la bienvenue au groupe qui se tenait devant moi, dans la grande salle vitrée du cinquième étage de l’édifice, baignant dans la lumière du soleil automnale. J’ai appris à connaître des gens pour qui le malheur a frappé sordidement, sans raison…J’ai été très ébranlé par l’histoire de cet ex-policier qui avait une passion sans borne pour son métier, vivant avec sa nouvelle conjointe, visitant régulièrement ses deux enfants adolescents. Le profil type du bon vivant. Son accident de moto a changé à jamais le cours de sa vie. Sa copine a réussi à garder son intégrité physique, au prix d’un déficit d’énergie perpétuel, tandis que lui, c’est exactement l’inverse qui lui est arrivé. La tétraplégie s’est avérée une conséquence fatale du destin, mais son énergie qu’il continue de manifester à chaque fois que je le vois lui a probablement sauvé la vie…

Je retiens également l’histoire très poignante d’un autre participant avec qui j’ai discuté longuement lors d’un souper de groupe au restaurant. Sa copine était assise à ses côtés. À les entendre parler, à les voir se regarder intensément dans les yeux, j’ai été témoin d’une des plus belles scènes d’amour qu’il m’ait été donné de voir.  L’événement hautement tragique qu’ils ont vécu a eu comme conséquence de solidifier leur union, après toutes les épreuves subites, après les visites à l’hôpital dont le nombre dépasse l’imagination…

J’ai également découvert avec grande satisfaction que l’humour est la meilleure arme contre les dures épreuves de la vie. En discutant avec cet avocat à la table du restaurant, j’ai pu constater son sens de l’humour très aiguisé, lui qui me racontait les anecdotes de ses premières journées passées au Centre, quelques jours à peine après son accident de voiture. Et je me souviendrai toujours également du lundi où, au tout début du cours, il entra dans la salle avec le grand sourire, nous annonçant qu’il était grand-papa depuis ce matin-là. Pas besoin de vous dire, il a joué du tambour avec un entrain contagieux!

Tout le monde se lève

Toute cette belle session de cours a culminé en un événement qui m’a grandement ému à la mi-décembre. Lors de leur dîner de Noël, il a été convenu de tenir un petit spectacle avec mon groupe. Ce fut un moment inoubliable, puisque j’avais devant les yeux la preuve éloquente que la musique permet de se libérer totalement d’une prison qui leur a été imposée sans raison et tout-à-fait injustement. Tous ont joué ce jour-là avec fougue, avec le sourire, avec la passion et avec un grand sentiment de bien-être. Et lorsque nous avons tous joué le roulement final au tambour et que le son des djembés se sont évanouis dans la salle, j’avais les yeux embués par le sentiment de fierté et d’accomplissement. Et derrière moi, tous ont fait la preuve qu’ils savent se tenir debout.

Aujourd’hui, 26 janvier, je retourne là-bas pour entamer une deuxième session de cours avec eux. Et c’est avec cette image en tête que je vais les accueillir à nouveau, afin que nous puissions à nouveau nous tenir debout, fiers d’être en vie.

vendredi 9 janvier 2009

La vie et les djembés selon Pol Pelletier

Mon but, lorsque je serai sur mon lit de mort, est de pouvoir dire: «Je me connais!»   - Pol Pelletier

pol 6

J’ai vécu vendredi le 29 novembre dernier une soirée absolument magique grâce au djembé, encore une fois. J’ai fait la rencontre d’une très grande dame de théâtre et de scène. Cette personne unique a touché le coeur de plus de mille artistes de la scène, que ce soit des acteurs, des musiciens, des humoristes, des chanteurs…Ce soir-là, nous étions une centaine de personnes venues célébrer l’œuvre de Pol Pelletier, notamment ses Dojo, ses ateliers de théâtre qui ont désormais transformé la vie de tant de gens…

Pour ceux qui ne la connaissent pas,  Pol Pelletier s’est donné une quête: celle de montrer aux gens qui l’entourent comment prendre sa place dans leur milieu, et surtout, comment s’ouvrir, s’exprimer avec le cœur, en aiguisant ce qu’on appelle le charisme, pour être en vie. Elle a fait le tour de la planète dans plusieurs pays orientaux, ayant étudié avec de grands maîtres spirituels pour aller plonger au plus profond de soi-même. Sont but est de retrouver l’énergie vitale qui permet de  se brancher sur nos émotions afin de les véhiculer sans peur, sans retenue. Elle s’est exilée dernièrement pour mieux revenir chez elle, parmi les siens, afin de montrer sa méthode qu’elle a mise au point et partager ses expériences.

Mon premier contact avec Pol Pelletier s’est effectué lors de notre répétition pour la fameuse soirée du 29 novembre. Nous étions en train de jouer en improvisant en groupe, question de pouvoir tout de suite se délier les mains, et s’ouvrir au plaisir de la musique. Elle est entrée dans le local et tout de suite, j’ai senti que ce n’est pas n’importe qui que j’avais devant moi et qui venait de franchir le seuil de la porte. Elle est restée là pendant quelques secondes à ne rien dire, mais il y avait une telle qualité d’observation chez elle que nous savions tous qu’elle était dans son élément et très au courant de notre rôle.

Je me souviens particulièrement bien du moment où elle s’est adressée à chacun pour nous demander nos noms…Pour le commun des mortels, l’exercice est on ne peut plus terre à terre, mais avec elle, c’est tout le contraire. En lui disant mon prénom, elle a pris quelques instants de silence à me scruter, puis elle m’a dit que ce nom-là m’allait bien, pour une raison que je n’arrive pas à m’expliquer encore…Mais au plus profond de moi, et grâce à elle, j’ai tout de suite senti à quel point mon prénom a été choisi avec n’importe quoi sauf le hasard…

Dès cet instant, l’après-midi de répétition avec Pol a été pour moi un grand moment de créativité et de lâchez prise. Une vague de nouveauté a déferlé dans le local où chacun prenait plaisir à jouer les mêmes rythmes, mais avec une manière totalement inusitée et nouvelle, en jouant en effleurant à peine la peau de nos instruments, ce qui est très inhabituel en musique africaine. Mais, nous avons tout de suite perçu à quel point la musique permettait d’appuyer le message de Pol Pelletier, celui d’amener la personne à un état d’éveil.

La table était mise pour la soirée grandiose du 29 novembre dernier. Complètement dédiée aux préparatifs de sa soirée, Pol était dans sa bulle de metteure en scène, peaufinant les derniers détails de son et d’éclairage. Les gens sont arrivés en masse pour venir entendre une grande dame de théâtre, si bien que la salle s’est vite retrouvée sans le moindre pouce carré de plancher inoccupé. Après les présentations d’usage, Pol Pelletier est montée sur la petite scène, les gens se sont tus, et le temps s’est subitement arrêté.

Les quelques 120 minutes qui ont suivi (était-ce plus, était-ce moins, je ne le sais plus) se sont révélées d’une intensité extrême. La “grandiosité” de la dame Pelletier nous a tous atteint en plein cœur, grâce surtout à sa voix rauque, usée par des années et des années d’exercices théâtraux, qui parfois sonnait comme les ongles grattant la surface d’un tableau d’école… Constamment en mouvement, son regard transperçait la pièce comme des rayons lasers. Ralentissant et accélérant le débit de ses paroles, elle nous a tous envoutés par sa grande maîtrise de l’art du charisme sur scène. Car elle en possède en quantité remarquable!

Il serait impossible de pouvoir inscrire dans cet espace virtuel tout ce qui s’est passé dans cette soirée. Plusieurs gens ont témoigné de leur immense reconnaissance face à cette artiste. Tous ayant expérimenté son atelier Dojo dans diverses périodes de leur vie, ils étaient la preuve vivante de la métamorphose de leur personne. Des personnalités connues comme France Castel ou Mario Saint-Amand, à l’architecte ou à l’avocat, tous ont maintenant conscience qu’ils possèdent en eux un pouvoir sur eux-mêmes. Un pouvoir d’exprimer pleinement qui ils sont, sans artifice et surtout, sans illusion.

Après cet extraordinaire partage, mes collègues percussionnistes et moi sommes montés sur scène afin de clôturer cette fabuleuse soirée en musique. Et honnêtement, dès le premier coup de mailloche sur le doum-doum, jamais je ne vais oublier ce moment. Jamais je n’ai vu pareille énergie, pareil lâchez-prise, pareil fougue s’emparer du public. Tous dansaient à fond, sans aucune retenue, et ce, dès les premières notes qui étaient à peine audibles, mais qui pouvaient traverser la pièce sans mourir dans l’air grâce à la qualité d’écoute qui était à son paroxysme. Plus le rythme prenait corps avec les instruments, plus je sentais en moi monter une énergie nouvelle, rarement ressentie jusqu’à ce jour, une énergie insoupçonnée.

Et quand Pol Pelletier nous a tous regardé sur scène avec son grand sourire, j’ai compris que j’avais savouré chaque seconde dans son entière durée, comme s’il n’y avait pas de lendemain.

MISE À JOUR: Je prends la peine d’ajouter le magnifique commentaire d’une participante de la soirée qui a pris la peine de m’écrire son impression de cette soirée inoubliable.

C'est tout à fait cela Martin, j'ai aussi vécu une expérience très forte ce soir-là.  J'étais dans la salle comme spectatrice.  Je suis une étudiante niveau débutant 1.

J'ai pu observer, percevoir, ressentir et vivre la différence entre la vie qui émane d'un corps et  la présence dans un corps vivant et vibrant, un corps 'habité par l'énergie' qui se manifeste dans son entier, dans le ici-maintenant.

Et j'ai été de ceux et celles qui  ont entendu les premières notes à peine audibles et qui dans un abandon total ont dansé avec fougue.  Martin la qualité d'écoute et, aussi, la 'qualité de la présence' étaient à leur paroxysme.  Une expérience individuelle et collective. Un.  Ensemble.

La profondeur de ce que j'ai vécu ce soir-là relève du domaine de l'exceptionnel dans une vie.

Cela m'a réveillée et brassée.  Il est remonté à ma mémoire cellulaire qu'il n'en tient pourtant qu'à Soi, qu'à moi, de me centrer et de vivre intensément cette 'présence' au quotidien, à chaque instant.  Je l'avais oublié...  Je m'étais oubliée ou perdue dans le temps ?  La 'présence' toujours présente n'attendait que mon réveil...

Merci Martin pour ton témoignage.  Il ravive en mon cœur le feu de la magie d'une soirée charnière de ma vie.

Merci aussi de partager, de diffuser cet ultime message de la vie, d'une vie vécue : "retrouver l’énergie vitale qui permet de  se brancher sur nos émotions afin de les véhiculer sans peur, sans retenue."

Pour en savoir plus sur Pol Pelletier

MISE À JOUR #2:

Pour en savoir encore plus sur Pol Pelletier

Voici deux vidéos de Pol Pelletier tirés d’une entrevue à l’émission Cabine C de Christiane Charrette.

vendredi 25 juillet 2008

Vibrer

J'entre au local de Samajam mercredi soir avec un certain enthousiasme...Dans quelques minutes, je vais rencontrer mon groupe avec lequel je vivrai des moments forts durant les quatre-vingts dix prochains tours de trotteuse. Chaque fois, le moment qui précède le cours est toujours spécial. Toujours comme un petit rituel où je prends plaisir à placer mes instruments, tout en focusant sur ce qu'il faudra communiquer en musique.

Sauf que ce soir, tout sera différent. Tout sera plus intense. Tout sera plus senti. Tout sera plus vif. Tout sera plus vrai. Et tout sera plus enrichissant. Mais, tout cela, je ne vais que le constater après coup, car pour l'instant, tout ce que je sais, c'est qu'un groupe d'une dizaine d'ados sont sur le point de découvrir le tambour et ses bienfaits.

Ils entrent timidement dans le local, en file indienne. J'ai à peine le temps de retourner la tête qu'un bonhomme vient s'introduire à moi avec un grand sourire: « Salut, je m'appelle Shadé ». Je lui rends son sourire, puis j'accueille le reste du groupe. Tout de suite, je sens leur bonne humeur, leur joie d'être ici. Ils sont issus du même groupe d'âge ou à peu près, et ils sont pour la plupart silencieux, attentifs à ce qui se passe autour d'eux. Je les fais asseoir en demi-lune, déposant tambours et tapis de sol devant eux.

Puis, je m'installe derrière mes duns, après avoir fait une petite réunion de dernière minute avec mes comparses Éric et Marie-Ève. Nous sommes si heureux d'être là. Lentement, Éric s'introduit au groupe, leur souhaitant la bienvenue, tout en s'assurant que chacun soit à l'aise. Dans le plus grand silence, nous introduisons nos apprentis au kuku. Et spontanément, tous posent leurs mains sur la peau du djembé, afin d'en ressentir les vibrations. Certains ferment les yeux, un sourire prenant forme sur leur visage, alors que d'autres ont les sourcils froncés, le regard fixés sur nos mains et, dans mon cas, sur mes bâtons de duns qui battent la mesure. Jamais je n'ai vu un groupe aussi attentif, aussi connecté à ce que nous jouons.

Ces cinq premières minutes étant écoulées, le rythme prend fin et tous les regards reviennent se poser sur nous, l'hypnose momentanée s'étant évaporée. Éric demande à chacun de témoigner sur ce qu'il vient de ressentir. Chacun a une façon bien à lui de s'exprimer, certains ayant ressenti les vibrations, d'autres ayant perçu les différences entre les textures du rythme. C'est donc bon signe pour avancer, pour continuer à cheminer.

La prochaine étape consiste à faire jouer tout ce beau monde ensemble. Pas une mince tâche car tous sont enthousiastes et fébriles, ce qui se traduit par une tendance automatique à vouloir tapoter de leur instrument. Mais, suffit d'un seul geste de la responsable et tout le monde retrouve leur calme et leur concentration, obéissant aux doigts et à l'oeil de leur supérieure. Les prochaines minutes s'écoulent sans que personne n'ait conscience du temps qui passe, les frappes sur le tambour nous transportant tous dans un monde où les horloges n'existent pas.

Graduellement, petit à petit, la cacophonie du départ se métamorphose en une synchronie où les sons sont enchaînés, où la tendance à ne former qu'un seul et même groupe jouant à l'unisson s'installe et se manifeste de façon claire. En utilisant le tableau et en formant des symboles caractéristiques, on en arrive à leur inculquer le sens du rythme à la perfection. Dans leur pieds, dans leurs mains, et surtout, dans leur visage, il y a quelque chose de beau et d'unique qui se crée. Ce quelque chose est bien spécial, et c'est la première fois que je le perçois de manière aussi tangible.

Comme toute bonne chose a une fin, le cours se termine par une apothéose de bonne humeur. La responsable vient à notre rencontre et les yeux embués, elle nous remercie chaleureusement du moment magique que nous avons vécu. Je dois dire que pour moi aussi, je suis extrêmement touché par son témoignage, car ce groupe de jeunes ados vient d'accomplir un pas de géant. Ils ont vibrer, en ressantant la résonance du tambour lorsqu'ils ont touché la peau de leur instrument. Cette image va rester longtemps gravée dans ma mémoire.

Et c'est en les reconduisant à leur autobus que le sentiment d'accomplissement m'a submergé. En ne disant pas un mot et en dressant mon pouce, mon index et mon majeur pour former le signe «I love you» contre mon coeur, la dizaine de jeunes sourds qui, l'instant de quatre vingt dix minutes, ont prouvé avec brio qu'ils pouvaient réussir à passer par-dessus leur handicap, m'ont répondu avec l'étincelle dans les yeux et le sourire au visage...J'en vibre encore...

mardi 20 mai 2008

Le sourire

Il y a de cela plus d'un mois, je suis mandaté pour aller faire une animation de percussions dans une école de la rive nord, avec Gotta, Cheick Anta et Jonathan, un élève de l'école. Magnifique journée de printemps où la neige commence à peine de fondre. Je suis enthousiasmé par cette expérience, parce que notre public est beaucoup plus rafraîchissant et réceptif qu'une bande de vestons cravates BCBG. C'est donc le sourire aux lèvres que nous roulons jusqu'à l'école de l'autre côté de la rivière des Milles-Îles.

Arrivé sur les lieux, je tombe tout de suite sur la directrice qui nous attendait déjà avec impatience. Le premier contact est donc excellent, et nous sommes sitôt conduits au gymnase, lieu où dans quelques instants, une magie certaine va opérer. Bien vite, nous préparons notre matériel, et je discute avec mes comparses de la stratégie à adopter pour que cet après-midi soit mémorable pour les petits bonshommes qui vont venir découvrir la richesse africaine. Notre statégie est simple: basée entièrement sur de l'improvisation, Gotta fera chanter les jeunes, faire un conte, danser les enfants et moi, je prendrai le relais pour les tubes musicaux. Nous devons répéter la séquence deux fois, devant chaque fois 200 jeunes.

L'aspect technique étant maintenant établi, nous attendons l'heure fatidique avec hâte et un bel enthousiasme. La directrice lance soudain son appel à l'interphone, signal que nous devons prendre place pour accueillir le premier groupe d'élèves. Peu de temps après, les premiers groupes font leur entrée, et c'est avec un grand sourire que nous accueillons des enfants hauts comme trois pommes, leur grands yeux fixés sur nous. Nous commençons notre spectacle par un rythme léger, le kuku, et Cheick Anta prend un malin plaisir à aller au micro et à faire chanter les enfants tout en leur indiquant de taper dans les mains. Aussitôt, la magie s'installe, le contact prend forme, et la table est mise pour vivre à nouveau un moment inoubliable.

Gotta, caché derrière d'épais rideaux dans le coin du gymnase, émet aussitôt des cris et agite les bouts de tissu pour manifester sa présence. La réaction est on-ne-peut plus délicieuse dans la salle: un véritable mouvement de surprise se répand, alors que les enfants se lèvent, les yeux grands ouverts, le doigt pointé en direction des rideaux. Gotta fait son entrée, au son du balafon que Cheick Anta joue avec un plaisir manifeste. Un silence teinté de surprise s'installe, et Gotta souhaite la bienvenue aux enfants: «Bienvenue dans notre village d'Afrique».

Les deux heures qui suivirent ont été délicieuses par la spontanéité et l'authenticité dégagées par les enfants dans la salle. Un formidable moment ludique teinté de musique et de sourires que je ne suis pas prêt d'oublier. Surtout lorsqu'à la toute fin de notre prestation, un garçon s'est timidement avancé sur la scène avec une pile de dessins que les enfants avaient pris la peine de créer durant l'après-midi. Les dessins représentaient nous quatre, en train de donner notre spectacle.

Lorsque Gotta l'a pris dans ses bras pour le mettre sur ses épaules, le petit avait un sourire fendu jusqu'aux oreilles. Et plus tard, lorsqu'un des parents responsables des groupes nous a révélé l'importance de ce sourire, ça m'a grandement ému. C'était son premier véritable sourire depuis le début de l'année. Ayant de sérieux troubles de comportements, cet enfant avait, grâce à la magie de la musique, pu se défaire d'un étau considérable. Jamais depuis je n'ai oublié la puissance de ce sourire. Et j'y pense à chaque fois que je joue du tambour maintenant.

lundi 5 mai 2008

Le sommet de la montagne

J'y suis arrivé. Je ne sais trop comment. Un pas à la fois j'imagine...Mercredi dernier, à 16h55, après avoir escaladé les quelques 300 marches menant au sommet de la rampe de l'Université de Montréal, complètement exténué, n'ayant dormi que 90 minutes la veille, j'ai déposé, à la fois de manière concrète et symbolique, mon mémoire de maîtrise au bureau de la secrétaire. Tout simplement.

Le geste semblait si anodin pourtant...Depuis deux ans, je ne cessais de m'imaginer comment je serais pour vivre le moment fatidique. Et bien, je peux dire que c'était quasi surréaliste tellement je concevais la chose comme impossible à réaliser voilà un mois à peine. Mot après mot, phrase après phrase, paragraphe après paragraphe, page après page, chapitre après chapitre...Le tout s'est emboîté, et sans trop que je m'en rende compte, après des nuits blanches consécutives et des cafetières qui se vident pour mieux se remplir, j'ai gravi, une par une, les très nombreuses marches de l'escalier qui me mènerait au sommet, qui me libérerait l'esprit d'une très longue période de ma vie qui devait prendre fin.

Plusieurs me demandent comment j'ai pu réussir un tel exploit, de détenir une telle dose de persévérance et de focus. Je l'ignore moi-même. Chose certaine, j'en ressens encore les effets. C'est la raison pour laquelle mon blogue est demeuré silencieux depuis trois semaines. Je m'en excuse d'emblée, mais je ne pouvais tout simplement pas écrire, je devais prendre une pause d'écran cathodique j'imagine. Mais, je suis de retour, plus déterminé que jamais à replonger dans l'univers de la percussion, la tête en paix.

J'en profite pour vous remercier du fond du coeur pour tous les encouragements et les doses incroyables d'énergie que vous m'avez fournies dans les dernières semaines fort éprouvantes. Que ce soit en personne ou par écrit, elles ont été l'ingrédient essentiel qui fait en sorte qu'aujourd'hui, j'ai atteint le sommet de ma montagne. Mille fois merci !!

jeudi 3 avril 2008

La vie sociale et le djembé

Un des aspects les plus fascinants et les plus intéressants de la percussion africaine, c'est le sentiment d'appartenance à un groupe, à un clan. Bien sûr, le djembé tire ses racines de cette observation. Le rythme n'existe que parce que plusieurs djembéistes le créent. Chacun y va de sa contribution, chacun joue son propre accompagnement, et les notes s'imbriquent les unes dans les autres comme si elles ne formaient qu'un tout cohérent et vraiment mélodieux à l'oreille.

Par contre, cette simple mise en commun de capacités musicales va beaucoup plus loin que ça. Le djembé, pour moi en tout cas, m'apporte beaucoup plus que le simple fait de garnir ma vie de notes de musique. Outre le fait d'être extrêmement libérateur en faisant relâcher la tension intérieure (qui n'a jamais voulu "fesser" sur quelque chose pour se défouler), il me permet de pouvoir entrer en contact avec mon prochain, de reconnecter complètement avec la fameuse «bête sociale» qui sommeille en moi. C'est une courroie de rapprochement qui n'a pas son pareil, qui m'a permis de vivre des activités sociales qui sont rendues primordiales pour moi et de vivre des activités de groupe inoubliables.

Le djembé m'a surtout permis de rencontrer des gens qui autrement seraient passés complètement inaperçus. Mon réseau social s'est donc enrichi de personnes qui exercent des métiers différents, qui ont des pensées et des mentalités complètement diverses aux miennes, qui ont un train de vie que je n'oserais même pas imaginer. Mais, une passion, un intérêt et un désir commun nous habite tous, celui de renouer avec l'esprit de groupe, de clan, et cela est rendu possible grâce au djembé.

Nul doute que la pratique de cet instrument a chamboulé de fond en comble ma vie, et continue de le faire. Et il est amusant de constater que des sondages à saveur scientifique viennent confirmer haut la main cet état de fait.

Incroyable et fascinant de voir qu'un simple morceau de tronc d'arbre recouvert d'une peau de chèvre peut avoir autant d'impact...Vous ne trouvez pas ?

dimanche 30 mars 2008

Cimentation

Il y a eu, au cours de la dernière semaine, un formidable vent de changement à l'école. Comme une sorte d'enthousiasme contagieux, impossible à ignorer. Ça se sentait chez tout le monde. J'imagine que l'arrivée du printemps y est pour quelque chose. Cette intense énergie créative a permis de cimenter les bases des trois spectacles que je devrai superviser pour la soirée portes ouvertes qui s'en vient.

Personnellement, je me suis nourri au maximum de chaque seconde où l'échafaudage du spectacle se créait devant moi. Contrairement à la session dernière, où la soirée des portes ouvertes était inconnue de tous, nous savons bien mieux dans quelle direction aller, suite aux observations que nous avons pu tirer. L'aiguillage est donc beaucoup plus facile, ce qui en bout de ligne permet de relever la barre quant à la qualité et au «pacing» du show.

Cette semaine qui culmine la session permet de mettre au jour des talents inscoupçonnés chez la plupart des élèves. Des danseurs, chanteurs, jongleurs, musiciens se manifestent d'emblée et créent de toutes pièces des morceaux artistiques qui témoignent vraiment de ce mouvement créatif dont je vous parlais auparavant. Certes très surprenant, il est étonnant en plus de constater à quel point cet amalgame d'arts aboutit à une mosaïque dont les couleurs sont tellement riches et variées.

Pour moi, cette dernière semaine a permis de me reconnecter avec l'étincelle de l'artiste, et j'ai pu constater que je n'étais pas le seul à ressentir cette étincelle qui répand son feu dans les coeurs. Les fondations des trois spectacles sont maintenant cimentées. J'ai très très hâte à vendredi prochain pour en voir le magnifique édifice...

mercredi 26 mars 2008

Mon cours dans le journal!

Un article est apparu hier dans le journal 24 heures concernant le cours que j'ai eu la chance de donner aux élèves Débutant 2 en février dernier. Un cours formidable portant sur les solos. La journaliste qui était présente ce soir-là livre ici sa version de la soirée, et ma foi, je suis très content du topo. À lire!

vendredi 21 mars 2008

Heureux d'un printemps

Avant d'entamer mon texte, je m'excuse du long silence inhabituel qu'il y a eu sur mon blogue dernièrement. J'en suis rendu au dernier droit avec mon mémoire de maîtrise et je dois concentrer toutes mes énergies sur cette tâche ardue qui occupe un trop grand pan de ma vie à l'heure actuelle. Mais, je m'accorde un instant de pause pour vous donner les dernières nouvelles.

La session à Samajam tire déjà à sa fin, et encore une fois, je n'ai rien vu passer. Les cours déboulent à un rythme d'enfer, donnant le ton à ce qu'on apprend de semaine en semaine. Nous en sommes présentement à la préparation du spectacle de fin de session qui aura lieu dans trois semaines, et une super énergie créatrice s'est envahie dans l'équipe. Ça se traduit par de formidables moments sur scène où nous communiquons l'art du jeu et de la scène aux élèves.

À ce moment-ci d'une session, je suis toujours pris entre deux feux. Celui d'une belle et joyeuse envie de mettre les efforts nécessaires pour que le spectacle soit une belle et grande réussite. Et il y a un autre feu qui me fait redouter un peu l'heure de la fin, où des élèves qui étaient avec moi et Éric depuis maintenant presqu'un an vont nous quitter dans les cours pour aller suivre l'enseignement des cours intermédiaires. C'est la fin d'un beau cycle, le début d'un autre.

Cette session confirme encore une fois à quel point le calibre des élèves monte en flèche. Peut-être est-ce dû au fait que l'équipe se tient les coudes de plus en plus serré...Chose certaine, l'idée d'avoir invité les profs avancés dans les cours débutants est une super idée...Le cours de Mélissa Lavergne sur les rudiments de la samba et celui de Kattam ont permis de prouver que peu importe le niveau, suffit d'une dose d'ouverture et de persévérance pour arriver à apprendre pratiquement n'importe quoi...

Je ne peux pas faire autrement que de me dire que l'heureux printemps qui s'amorce aujourd'hui est garant de moments incroyables qui seront, bien sûr, immortalisés ici. L'histoire continue...

dimanche 16 mars 2008

Une grande leçon de vie...

Cette semaine, il y a eu un excellent reportage de diffusé à la télévision de Radio-Canada. Ce reportage m'a touché droit au coeur par toute la sincérité des témoignages et des images. Des élèves de 5ième secondaire se sont improvisés comme professeurs dans une petite école sénégalaise à Dakar, en Afrique, le temps de la semaine de relâche. En visionnant le topo, des souvenirs impérissables de mon expérience au Guatemala ont rejailli dans ma tête, alors que j'avais 17 ans. Une fabuleuse expérience qui m'a marqué à tout jamais...

Je vous laisse voir par vous même les images. C'est une formidable leçon de vie à laquelle vous allez être témoin. Pouvoir détenir entre ses mains la destinée d'une poignée d'élèves qui ne demandent qu'à apprendre, qu'à vivre, qu'à se tailler une place dans leur société, et ce, pendant quelques jours, c'est un honneur et une chance inouïe. Le transfert de bénéfices, l'échange culturel, mais surtout, l'empreinte indélébile du bonheur partagé est sans équivoque. C'est très émouvant de se rappeler tout cela, mais en même temps, ça procure tellement de bien...


video

jeudi 13 mars 2008

Apprendre à l'africaine

Cette semaine, il y a eu un petit changement au programme des cours, ce fut Cheick Anta Faye, notre cher ami et prof de percussions africaines, qui a été en charge d'enseigner les cours des élèves avancés et débutants 2. Lundi soir, après une journée éreintante, je me suis amené à l'école avec une hâte extrême de pouvoir bénéficier des enseignements de ce grand maître, puisque cela faisait longtemps que je n'avais pas assisté à ses cours.

Assis en demi-cercle, nous étions une dizaine tout au plus à savourer ce moment unique. Cheick Anta est doté d'une modestie et d'une grande humilité malgré toute son expertise. Jamais je n'ai entendu un djembéiste avoir une telle dextérité dans la capacité à produire des sons aussi clairs. Le fruit d'années de pratique et de jeu.

Tout au long de ce lundi soir, nous avons plongé avec délice dans l'art d'apprendre des rythmes à l'africaine, sans notion de pulsion, de rythmique, de ternaire ou de binaire. Car Cheick ne connaît absolument pas ce monde cartésien et occidental de la musique. Pour lui, il suffit de chanter et de jouer, de rejouer et rejouer, jusqu'à temps que, comme par magie, le déclic se fasse. Il faut donc être pas mal ouvert d'esprit pour pouvoir bénéficier de cette méthode qui est pour le moins déstabilisante mais fascinante, car oui, elle fonctionne!

Nous avons donc joué ce soir là un rythme nommé Liberté. Un rythme magnifique, avec des appels spéciaux et des accompagnements uniques, comme seul un africain en connaît le secret. Rarement aie-je senti la puissance et l'harmonie d'un rythme. Il suffit d'avoir un seul contact visuel avec Cheick Anta et ça nous éblouit. Je perçois aussitôt tout ce qui se cache derrière le rythme. Et en ce lundi soir, cela cadrait parfaitement bien avec la soirée. Durant cet instant précis, jamais je ne me suis senti aussi libre, et aussi vivant !

dimanche 9 mars 2008

Des mots pour oublier les maux

En ce soir d'hiver où Dame nature ne cesse de vouloir laisser sortir sa colère, où les congères s'accumulent, épaississant le tapis blanc recouvrant les restes de couleurs foncées sur le sol, je suis au chaud dans mon igloo pour écrire un nouveau texte, assis devant mon écran, pianotant sur le clavier. Une autre grosse semaine est sur le point de prendre fin, et je ne peux passer sous silence la fabuleuse soirée de mercredi soir, où, malgré la fatigue et un début de bronchite, j'ai enseigné à un groupe d'étudiants vraiment doués, allumés et qui en un rien de temps m'ont fait oublier tous mes maux.

J'avais bien hâte à ce cours, ne serait-ce que pour mettre un baume sur une journée amorphe et monotone. Je savais exactement quel plan de match appliquer, quelles cartes de mon jeu sortir. Jusqu'à ce qu'un coup de téléphone vienne un peu chambouler le tout. L'école m'annonce qu'une journaliste viendra suivre le cours pour écrire un papier sur l'atmosphère chez Samajam. Je me dis que c'est parfait, et que c'est une super occasion de tester ma capacité d'adaptation. Je raccroche le combiné confiant, mais en même temps, je doute de mes capacités de concentration...Le mal de gorge qui me tenaille ne semble pas vouloir s'estomper...

Sitôt arrivé à l'école, je ressens un grand soulagement en entendant déjà les tamtams et la musique sortir des structures de la bâtisse. Elle suinte déjà la bonne humeur et l'énergie, élément tellement nécessaire à mon bien-être ces jours-ci. J'entre donc à l'intérieur avec un regain de confiance, galvanisé par toute cette musique. Je me fais bientôt introduire à la charmante journaliste, je lui souhaite un bon cours, puis je retourne prendre place sur la scène, derrière mon djembé, allume mon micro, et j'y oublie aussitôt tout le reste.

Sans aucun effort, je savais exactement quoi dire, dans quel ordre, à quelle vitesse donner le cours...Essentiellement, je voulais lui donner une teinte plus spéciale. S'éloigner un peu de la routine des rythmes. Plonger dans quelque chose de plus instinctif, de plus créatif. Et lorsqu'est venu le temps de former un grand cercle avec le groupe, et lorsque j'ai placé mon djembé en plein centre, prenant une profonde inspiration pour expliquer l'art des solos, j'ai tout de suite su que ma décision était la bonne.

Les lumières du local tamisées, les élèves disposés en grand cercle, battant la mesure avec leur tambour, fournissant un filet aux mailles serrées pour les quelques courageux qui seraient pour se lancer dans quelques secondes, j'ai pris un moment pour bien apprécier le moment, saisir à cet instant précis ce que le groupe ressentait, et ça m'a tout de suite plu. Tel un colonisateur parti à la découverte de nouveaux mondes, j'amenais avec moi de nouveaux compagnons pour leur faire découvrir une terre nouvelle, un monde méconnu, celui où les barrières de la raison tombent pour laisser émerger les plus belles et plus profondes émotions.

Ce que je retiens de cette fabuleuse fin de cours, c'est chaque individu qui, bien sûr, se sont approchés d'abord timidement pour prendre place derrière le tambour que j'avais placé derrière le cercle. Chacun ont fermé les yeux, pris une grande inspiration, et ont commencé à faire leur première frappe. Puis, vint ensuite une deuxième...et une troisième...Peu à peu, les mots qui sortaient de l'instrument se mettaient à faire des phrases qui prenaient tout leur sens. Le local fusait d'une créativité sans limite. Les mots parvenaient à mes oreilles et sont parvenus, en un éclair, à me faire oublier mes maux...

mercredi 27 février 2008

Le Noir dans le Blanc

Autre extraordinaire soirée de musique et de rythmes ce soir à Samajam. Franchement, je ne réalise vraiment pas que la mi-session soit atteinte déjà, mais en même temps, avec tout le chemin parcouru avec notre nouveau cours de Débutant #3, on ne peut pas demander mieux! Quelle belle évolution!! J'ai eu la sensation, assis derrières les duns, de partir en voyage, de quitter définitivement le local et de m'affranchir de la tempête qui prenait naissance à l'extérieur, tellement l'intensité et la beauté du rythme africain était palpable.

Je ne peux pas dire avec certitude pourquoi, mais ce soir, j'ai ressenti une grande émotion qui, aux travers de mes gouttes de sueur inondant mon visage, a fait jaillir certaines larmes de joie. J'aurais beau vous décrire blanc sur noir, dans cet espace virtuel, la raison d'être de cet état affectif, je ne peux pas vous le décrire. Des fois, il faut être présent de corps et d'esprit pour vivre le moment...

Chose certaine, quand notre cher ami Cheick Anta, venu s'immiscer dans le cours de ce soir, s'est mis à chanter de lui-même par-dessus le rythme qui jaillissait des tambours, et qu'il ne semblait plus vouloir s'arrêter, alors c'est signe qu'en quelque part, une bande de Blancs Québécois arrivent à faire sortir un peu de Noir qui sommeille en chacun d'eux-mêmes.

vendredi 22 février 2008

Soir d'éclipse

Il y a toujours eu, depuis que j'ai l'âge adéquat pour être en mesure de m'en rendre compte, une espèce de sensation spéciale et palpable lorsque les astres s'alignent dans le cosmos pour donner naissance aux éclipses. Mercredi soir ne faisait pas exception à cette règle. D'autant plus que la Lune était pleine et majestueuse lorsque je suis sorti du métro pour marcher vers l'école de percussions.

Le cours s'est déroulé drôlement ce soir là. Le groupe est timide, les gens sont plus lents que d'habitude à plonger, à se détacher de leur journée pour profiter d'un relâchement hebdomadaire rendu plus que nécessaire. Mais, peu à peu, la tendance s'inverse, si bien que, à la fin de l'heure et demie, l'atmosphère électrisante du local a vite fait de remettre les pendules à la bonne place.

Le mercredi soir étant la fameuse soirée où les élèves se regroupent pour aller prendre une bonne bière avec poutine au bar La Quincaillerie, nous sortons dans la nuit glaciale hivernale. Dès que je mets le nez dehors, je scrute le ciel pour apercevoir la Lune qui a déjà commencé à s'envelopper de son manteau ombragé. La nuit est splendide, belle comme l'astre qui l'éclaire, son froid mordant rappelant de jolie façon qu'il faut se couvrir.

Durant le trajet menant au bar, j'essaie tant bien que mal de regarder à travers les vitres de la voiture pour être témoin de l'avancement de l'éclipse. C'est fou comme ça apparaît anodin, mais c'est plus fort que moi. Nous sortons de l'auto et j'ai encore la tête en l'air pour ne rien manquer du spectacle. Mais, l'appel de la bière étant ce qu'il est, et le froid commençant vraiment à pénétrer mon squelette, je m'engouffre à l'intérieur pour me réchauffer.

Plus tard, alors que je m'aperçois que l'heure avance, je décide d'aller me jucher en plein milieu du couloir du bar, là où est situé un puit de lumière juste assez grand, placé au parfait endroit, puisque la Lune est maintenant située juste au-dessus. Nous sommes bientôt une dizaine d'huluberlus à regarder en l'air en plein milieu du bar, ne disant aucun mot, seulement là à contempler une merveille de la nature, pendant qu'un temps indéfini passe.

L'étroitesse du puit de lumière ayant permis de voir le maximum de ce qu'il était possible de voir de l'intérieur, je me surprends à mettre mon manteau et à sortir à l'extérieur pour admirer le point culminant du spectacle. J'ignore combien de temps je suis resté là à admirer le manteau orangé de la Lune, mais je me suis dit à ce moment précis qu'il y avait de bien belles choses qui existent dans ce monde...La musique, et le ciel...Je venais de vivre une soirée musicale totalement énergisante grâce, en quelque part sans l'ombre d'un doute, à cette prouesse de la nature, et j'étais entouré par des personnes qui me sont chères pour partager ce moment. Sans trop m'en rendre compte, je laissais mes yeux s'humecter de larmes dues au froid extrême, mais aussi, bien humblement je dois le dire, au caractère solonnel et émotif de la scène.

Oui, définitivement, les éclipses possèdent un je-ne-sais-quoi de magique...

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