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jeudi 3 mars 2011

La tonique au djembé et l’espace entre les doigts

Lorsque j’enseigne aux apprentis djembéfolas l’art de la tonique au djembé, je leur explique toujours qu’il faut fermer les doigts pour pouvoir réussir à produire le son mât et sec du ton. Cette façon de faire est cependant loin d’être la norme pour les joueurs de djembé expérimentés, surtout pour les maîtres.

jeudi 18 novembre 2010

Comment développer le son claqué au djembé?

[1/365] Feel the rhythm of life

De mon humble expérience d’enseignant en percussion, une des questions qui m’est le plus souvent demandée est celle-ci: comment arriver à pouvoir obtenir la puissance et les tonalités aiguës et tranchantes de la claque au djembé? Cette question représente tout un défi pour n’importe quel novice en djembé, et il existe très certainement plusieurs marches à suivre pour pouvoir réaliser cette tâche. Voici donc mon cheminement personnel, qui est, je dois le préciser, totalement arbitraire et qui ne saurait s’appliquer à tous. Cependant, je pense qu’il est utile de partager mon expérience sur le sujet.

vendredi 4 juin 2010

Les sons au djembé: les techniques à éviter

La puissance de l’Internet fait en sorte que tous les jours, des dizaines de vidéos parlant du djembé font leur apparition dans les réseaux sociaux et les sites comme Youtube. Cette ressource inestimable d’information, rendue encore plus précieuse car elle est gratuite, détient cependant un sérieux problème: celui de l’exactitude de l’information.

L’exemple suivant vous rappellera de ne jamais sous-estimer ceci: rien n’est plus exact que ce que votre maître ou professeur de djembé vous enseigne en personne. Ne prenez jamais pour acquis ce qui est disponible par Untel sur le web. J’ai dû visionner des dizaines de vidéos de pseudo-percussionnistes qui veulent bien faire en mettant en ligne leur savoir-faire pour que la communauté puisse en profiter. Geste bien honorable, mais qui détient de sérieuses lacunes lorsque la technique démontrée laisse fortement à désirer.

Voici donc un bel exemple de quoi NE PAS reproduire comme technique au djembé, pour faire les trois sons de base. Les vidéos qui suivent sont nommés en fonction de ces trois sons, mais ils détiennent tous les trois de sérieuses lacunes quant à la position des mains.

jeudi 3 septembre 2009

Comment fabriquer une poignée à son djembé?

Lorsque le djembéiste termine de tirer la corde de son tambour pour tendre la peau, il reste toujours un excédent de corde qui risque de traîner et de déranger le percussionniste lorsqu’il joue. Une solution à ce problème consiste à enrouler la corde autour du fût, à la base, mais à force de jouer, il y a toujours un certain risque que la corde ne se défasse à nouveau.

mercredi 12 août 2009

Comment le djembé est-il fabriqué ?

Le djembé est un instrument qui est très simple du point de vue des éléments qui le composent: un simple tronc d’arbre sculpté avec le plus grand soin, avec une peau de chèvre et des cordes. Mais, la fabrication du djembé ne s’arrête pas là. Derrière se cache tout une symbolique, voire même un rituel. Chaque matériau est soigneusement choisi, travaillé, assemblé. L’art de fabriquer un djembé permet aussi de garantir un travail à des artisans, chose qui est non négligeable en Afrique.

Un vidéaste israélien a pris la peine de filmer la conception et la fabrication du tambour africain. Un formidable récit qui permet de plonger  dans l’univers des tambouriers africains. De la coupe de l’arbre jusqu’à la finition de l’instrument, tout y figure. À travers les étapes de conception du tambour, il y a la découverte d’un pays, la Gambie, des moeurs et du mode de vie des gens de ce pays. Voici donc un documentaire amateur très intéressant que je vous invite à découvrir.

Ci-dessous, il y a la première partie du documentaire. Cliquez sur le lien ci-dessus pour voir le reste.

À noter que ce vidéo contient des images qui pourraient très fortement choquer certains spectateurs (l’abattage de la chèvre), donc soyez avertis.

mercredi 1 avril 2009

Les 3 sons du djembé en vidéo

Tout bon amateur de djembé se doit, lorsqu’il joue, de produire des sons qui ont une vigueur et une finesse maximales. C’est pourquoi il faut comprendre comment faire pour produire les trois sons de base du tambour africain. Voici donc un très bon vidéo en français qui vous montre la posture à adopter au niveau des mains pour produire la basse, le tonique et le claqué au djembé. Je vous invite aussi à consulter l’article détaillé que j’ai rédigé sur le sujet.

jeudi 5 mars 2009

Comment pratiquer le djembé sans faire trop de bruit?

Le djembé est un instrument qui produit un son très puissant ainsi que des vibrations qui ont tendance à persister. Ainsi, il est difficile, surtout en ces temps de froid hivernal, de pratiquer allègrement sans se soucier de son entourage. Ainsi, il importe de pouvoir pallier aux aléas de la vie en société lorsqu’on pratique les sons au djembé africain. Voici donc un petit truc très simple qui vous permettra d’atténuer les visites impromptues de votre voisin d’appartement à votre porte.

Munissez-vous d’une serviette. C’est aussi simple que ça. Une serviette en ratine assez épaisse, et aussi assez grande pour couvrir votre peau de chèvre au complet. En recouvrant votre djembé avec la serviette, vous allez atténuer fortement les vibrations émises lorsque vous faites une basse avec le djembé. Les toniques et les claqués seront moins puissantes, mais à l’oreille, elles seront quand même facilement distinguables.

Si jamais vous voulez atténuer encore plus les vibrations, faites une boule avec votre serviette et rentrez-la dans le fût de votre instrument. La basse sera ainsi totalement étouffée. Attention par contre de ne pas oublier de l’enlever après votre pratique. J’ai déjà vu maintes fois des personnes qui, lors de leur cours hebdomadaire, se demandait ce qui se passait avec leur djembé car ils avaient oublié de retirer la serviette.

Attention de s’assurer que la serviette soit complètement sèche, sans humidité. Dans le cas contraire, changez-la pour une complètement asséchée, car l’humidité pourrait envahir le bois de votre instrument, et détendre prématurément la peau.

En dernier lieu, je vous suggère également de vous servir de votre serviette comme une couche protectrice lors du transport de votre instrument dans son étui. La serviette agira comme une zone tampon qui va éviter à la peau de chèvre de subir un trop gros stress dû à une variation subite de température. En bout de ligne, la durée de vie de votre peau de chèvre sur votre tambour africain en sera prolongée.

Bonne pratique!

mardi 18 novembre 2008

Comment acquérir de la vitesse au djembé?

S’il y a un élément spectaculaire au djembé, c’est la capacité du percussionniste à se lancer dans des salves sonores où ses mains se fondent avec son instrument. Où l’oreille perçoit une vibration qui s’apparente à celui du son de la mitraillette. Et où on ne peut plus distinguer les mouvements des bras. La vitesse est ainsi une importante et spectaculaire caractéristique du jeu du djembéiste, permettant d’inculquer au rythme puissance, beauté, originalité et prestance…Voici donc quelques trucs de base qui vous permettront de pouvoir maîtriser cet aspect si important dans votre apprentissage du jeu des percussions.

Avant de vous expliquer plus en détail les dessous de la vitesse au djembé, je vous invite à aller visionner ce spectaculaire vidéo du djembéfola Boka Camara, qui démontre jusqu’à quel point la vitesse peu être incroyablement grande au djembé.

Vitesse rime avec souplesse

Avant toute tentative de jouer rapidement au djembé, rappelez-vous toujours ce concept: pour jouer vite, il faut assouplir les muscles. De façon innée, on a toujours tendance à vouloir raidir, à crisper les muscles au fur et à mesure que la vitesse augmente. Cette vilaine manie est vraiment à éviter, aussi portez attention à la moindre raideur musculaire au niveau des épaules et des bras. Si vous sentez une tension et/ou une douleur, arrêtez-vous, prenez le temps de vous dégourdir et recommencez cette fois en insistant sur le relâchement musculaire. Plus vous êtes souple, plus vous gagnerez en vitesse.

L’importance de la respiration

La deuxième manie au djembé lorsqu’on veut jouer rapidement est d’inspirer profondément, et d’arrêter d’expirer. Ce défaut est très néfaste pour vos muscles car l’expiration permet de vidanger l’excès de gaz carbonique (qui se retrouve en concentration plus importante dans le sang à cause d’un effort intense) produit par vos cellules musculaires. Tentez au contraire de forcer votre expiration. Vidangez bien vos poumons après chaque inspiration, l’oxygénation des cellules en sera ainsi optimisé, garantissant une protection contre d’éventuelles crampes musculaires et à la limite, une hyperventilation.

L’inertie et la vitesse vont de pair

En musique, spécialement en percussion, le concept d’inertie est très important. Le phénomène d’inertie se définit comme étant la capacité d’un corps en mouvement de toujours garder une vitesse constante. Cette vitesse est modifiée lorsqu’on y applique une force. En percussion, le rebond de la main sur la peau du djembé est possible strictement grâce au contact de la main sur la peau de chèvre, sans induire de force active. C’est la tension de la peau qui permet à la main de rebondir sous l’action d’une force transmise de la peau à la main. Pour vous en convaincre, faites une basse sur votre djembé en gardant votre main détendue, et regardez bien comment elle va rebondir, sans avoir besoin de dépenser de l’énergie active pour y parvenir. Servez-vous de cette propriété pour gagner en vitesse. C’est un peu plus difficile à maîtriser au départ, car il faut apprendre à doser la force appliquée. Mais, l’inertie est un concept très important à comprendre pour acquérir de la vitesse.

Gardez vos membres près du corps

Logiquement, plus vous éloignez vos mains du djembé, plus vous devrez dépenser de l’énergie afin de pouvoir effectuer le mouvement nécessaire pour générer le son. Ce gaspillage d’énergie peut être résolu en gardant les bras le plus près possible de votre tronc, sans toutefois que vos coudes ne touchent les côtes. Plus les frappes seront rapprochées, plus les avant-bras resteront proches de l’instrument, afin que les mains puissent produire les sons.

Pratiquer, c’est la clé!

Rester souple, savoir bien respirer, mettre à profit l’inertie et maximiser la position du corps sont les principaux ingrédients pour gagner en vitesse. Mais, il y a un élément qui est la base de tout, et c’est pour cela que je le mentionne en dernier lieu dans cet article: il faut jouer, jouer, et rejouer pour gagner en vitesse. Dans le domaine «manuel», le cerveau humain base son apprentissage sur le fait de reproduire incessamment le même mouvement. C’est en pratiquant des rythmes et des suites logiques de sons que vous arriverez à jouer de plus en plus vite, et ce, en minimisant de plus en plus la dépense d’énergie.

En conclusion, il n’y a pas de secret magique pour jouer vite, et il est farfelu de croire que du jour au lendemain, vous allez pouvoir jouer rapidement. Il faut de la patience et du temps pour y arriver. Mais, cinq à quinze petites minutes par jour consacrées à la vitesse lors de vos pratiques seront très bien investies pour votre développement musical en tant que djembéiste.

mercredi 29 octobre 2008

Comment bien jouer en groupe ?

Lundi soir, passé 21h, je suis en train de jouer le rythme Tiriba avec mes compagnons, sous l’égide de la belle Mélissa Lavergne qui veille à ce que tout soit harmonieux à l’oreille. Or, elle a tôt fait de tout faire arrêter, puisque le mot harmonie semble avoir été oublié dans l’inconscient de tout le monde…Il y a une cacophonie indescriptible qui règne dans le local, le groupe étant totalement déconnecté. Cette petite anecdote m’amène donc à vous parler aujourd’hui de l’importance de savoir jouer de la percussion en groupe.

Avant d’aller plus loin, je vous invite à aller relire l’article que j’ai écrit parlant de l’apprentissage des rythmes. En fait, l’art de jouer en groupe est intimement lié aux trois étapes d’apprentissage, soit l’exposition, la consolidation et l’intégration au rythme. Plus particulièrement, c’est lors de l’exposition et de l’intégration du rythme que le risque de ne pas jouer en groupe est le plus élevé.

Deux dimensions entrent en ligne de compte dans l’art de jouer en groupe: il faut savoir s’écouter soi-même et savoir écouter les autres. Prenons le temps de décortiquer les deux aspects.

Savoir s’écouter

L’harmonie rythmique réside dans la capacité de tous les percussionnistes à exécuter leur accompagnement en sachant s’écouter. La première étape consiste donc à percevoir le son qui émane de son propre instrument pour faire en sorte qu’il soit le plus juste possible. Par justesse, je fais référence ici à la qualité des frappes et au respect du phrasé du rythme. Si les frappes ne sont pas exécutées au bon moment, le rythme perd son identité.

L’autre élément relié à cet aspect est le volume avec lequel il faut jouer. Dans un arrangement rythmique, les accompagnements servent à soutenir celui qui fera les solos, d’où le mot «accompagnement». Chaque partie du rythme doit donc être jouée avec un volume raisonnable, sans jamais aller chercher le maximum de volume avec son instrument. L’avantage de ce conseil est de pouvoir jouer longtemps sans se fatiguer, puisque plus un rythme est joué longtemps, plus la vitesse augmente, ce qui représente un beau défi pour le percussionniste (l’aspect de la vitesse sera d’ailleurs traité dans un prochain article).

Savoir écouter les autres

Bien jouer de son instrument sans chercher à battre des records en volume est une chose, mais il faut aussi savoir écouter les autres. Jouer chacun pour soi est une tendance qui s’accroît lorsque le rythme est nouveau. Le cerveau a alors tendance a prendre le dessus et à confiner le joueur dans une espèce de bulle où l’oreille ne porte attention qu’à ce qui sort de l’instrument du joueur, et non des autres. Cette propension est normale dans un processus d’apprentissage individuel, mais la percussion étant avant tout un art collectif, il faut vite s’ouvrir à l’environnement sonore extérieur. Voici donc quelques trucs qui vous permettront de pouvoir éviter d’emblée à être pris dans ce piège:

  • La posture: Rester droit et éviter de courber le dos. Plus vous serez détendu, plus votre oreille aura tendance à percevoir un son global et non focuser sur ce que vous êtes en train de faire en oubliant l’extérieur.
  • Les doum-doum: La base du rythme étant les doum-doum, l’oreille devrait tout de suite avoir le réflexe de porter attention à cet instrument. Vous saurez ainsi beaucoup plus à même de respecter la bonne pulsion.
  • Les pas: Jouer sans bouger est vraiment à éviter, même lorsque vous êtes en train d’apprendre un nouveau rythme! Si tout le groupe bouge selon le même pattern et dans la bonne direction, alors le rythme ira “s’appuyer” selon ces bases, forçant ainsi l’oreille à prendre conscience de ce qui se passe.
  • Un rythme intégré est mieux qu’exposé: Cet aspect est le plus important. Jouer en garantissant votre confort! Dans des situations où le rythme doit être joué pendant un long laps de temps, optez toujours pour l’accompagnement avec lequel vous êtes le plus à l’aise. Rien ne sert de se donner un défi insurmontable! Ainsi, si l’accompagnement est intégré pour vous, si vous n’avez plus besoin de fournir d’effort mental pour l’exécuter, il vous sera beaucoup plus facile de pouvoir le jouer en écoutant ce qui se passe autour.

Et si jamais je me perds?

En processus d’apprentissage, il est normal de faire des erreurs, cela fait partie du jeu. Et lorsqu’on joue en groupe, cela peut avoir un impact significatif si on ne respecte pas certaines règles. Que faire donc si on se trompe? Doit-on arrêter complètement de jouer? Ou au contraire essayer de continuer et espérer ainsi rattraper notre erreur? Et bien, la réponse est simple: il vaut mieux, dans le cas où vous êtes incertains si vous respectez la pulsion et/ou si vous faites le bon accompagnement, d’arrêter de jouer. Cela peut paraître drastique et contradictoire, mais il vaut mieux prendre quelques secondes pour prendre conscience où le groupe est rendu dans le rythme. Voici les éléments à surveiller lorsque vous arrêtez, et les étapes à effectuer pour reprendre votre place au sein du groupe.

  • Réflexe #1: Écouter les doum-doum. C’est la première chose afin de repérer le tempo du rythme.
  • Réflexe #2: Les pas. Accordez ensuite vos pas avec la pulsion dictée par les doum-doum. Regardez aussi vos comparses, leurs pas vous donneront l’heure juste.
  • Réflexe #3: Le premier temps. Ce réflexe est plus difficile puisqu’il demande concentration et une réaction rapide. Essayer de discerner où le premier temps du rythme se situe. Et à partir de ce moment, faites des basses qui s’accordent avec vos pas.
  • Réflexe #4: Reprendre le rythme. L’étape finale de récupération est de rejouer le rythme à la bonne vitesse. Le 3e réflexe vous ayant aidé à retrouver cette vitesse, il ne vous reste plus qu’à repérer visuellement dans le groupe un de vos collègues qui jouent le même accompagnement que vous et de visuellement vous synchroniser. Dans le cas contraire, fiez vous aux doum-doum et aux autres accompagnements.

En résumé, il est impératif pour tout percussionniste de trouver sa zone de confort, et de respecter ses limites. L’art de jouer en groupe requiert beaucoup de pratique, une bonne dose d’humilité et un dosage de ses énergies. Par contre, c’est un des meilleurs exercices qui soit pour se garder en forme et avoir du plaisir en groupe!

mardi 4 mars 2008

Comment apprendre un rythme ?

Aujourd'hui, je vais répondre à une question qui m'est insconsciamment posée par la grande majorité des étudiants. J'utilise le mot "inconscient" ici, parce que je sais pertinamment que tout le monde se pose un jour ou l'autre cette fameuse question, mais personne n'ose la demander de vive voix de peur de se faire passer pour un incompris. Alors, qu'à cela ne tienne, après la lecture de cet article, vous pourrez, je l'espère, entamer un apprentissage éclairé de vos rythmes.

Avant toute chose, il faut avoir en tête que l'apprentissage d'un rythme est beaucoup plus que de la simple mémorisation. C'est un art qui s'apprend, un entraînement qui doit devenir journalier, pour faire en sorte que l'effort investi devienne une habitude. Voilà pourquoi la majorité des gens se sentent déstabilisés aux premiers abords, puisque souvent, plusieurs pensent que de simplement apprendre par coeur le rythme est suffisant, ce qui est tout faux. Voyons d'abord l'approche de base à adopter pour pouvoir garantir d'investir le bon effort et ne pas gaspiller temps et énergie de façon inutile.

Visuel ou auditif ?

Je suis toujours fasciné par cette dualité chez les gens qui se manifeste presque à tout coup lors des cours. Combien de fois aie-je entendu dire que « j'ai de la difficulté à apprendre parce que je suis visuel, j'ai besoin de voir avant d'entendre ». Le fameux schisme entre le caractère visuel ou auditif rend l'apprentissage des percussions plutôt hermétique. Selon moi, il faut mettre à contribution les deux pôles, les deux conceptions, car dans chacune d'elle, il s'y trouve des moyens pour bien mémoriser et assimiler la matière. C'est pourquoi dans cet article, je vais présenter la démarche pour apprendre les rythmes selon les deux approches, dans le but d'établir une synthèse qui vous aidera à consolider votre apprentissage en vous affranchissant de cette vision trop restreinte de voir tout selon une seule et même vision.

La tradition orale

Il ne faut pas se le cacher, les rythmes africains sont transmis et enseignés d'abord et avant tout de manière orale. Les élèves s'installent à côté de leur grand maître dans les cérémonies de danse en Afrique et pendant des heures, ils reproduisent tant bien que mal ce que leur maître leur demande, seulement en écoutant et en regardant. Aucune note manuscrite n'est disponible, encore moins les enregistrements audio. Pourtant, ces rythmes ont traversé les siècles et les générations pour arriver jusqu'à nous, en étant certes quelques peu déformés (donnant ainsi lieu à une richesse incroyable de diversité dans les accompagnements), mais encore aujourd'hui, les maîtres djembéfola et les griots transmettent cet héritage basé uniquement sur la mémorisation et les sons.

Cette approche n'est certainement pas adaptée à l'enseignement occidental. Chez nous, tout doit être plus cartésien, et surtout, immortalisé sur le papier. Il a donc fallu convertir cette approche pûrement auditive pour créer un système de notation simple, compréhensible et universel, s'affranchissant des langues et des pays. Des grands maîtres djembéfola comme Mamady Keita et Famoudou Konaté sont grandement responsables de la diffusion et du maintien des connaissances des rythmes africains dans la civilisation occidentale. Sans eux, nous en serions encore au stade de tenter de briser la barrière entre le visuel et l'auditif.

C'est pourquoi selon moi, un équilibre entre les systèmes de notation écrite et les enregistrements auditifs consiste à la clé dans l'apprentissage des percussions.

Pendant le cours: l'exposition au rythme

La première étape consiste à se faire introduire au rythme lors des cours. Comme moi, vous êtes subjugué par la beauté du rythme lorsque le prof et ses assistants jouent devant vous les trois accompagnements, le tout s'imbriquant dans une majestueuse harmonie. L'étonnement passé, il est maintenant temps de s'atteler à la tâche de décortiquer tout cela.

Pour y arriver, je conseille d'abord et avant tout de ne pas vous attarder à l'ordre des mains. C'est souvent un handicap, du moins au début, que de savoir d'emblée quelle main joue en premier. Ayez simplement en tête le principe suivant:

La main forte est celle qui marque le temps.

 

Cela signifie que si vous êtes droitier, la main droite va, la plupart du temps, marquer la pulsation rythmiques (soit les 4 temps d'une mesure binaire ou les 3 temps d'une mesure ternaire). Et vive-versa si vous êtes gaucher.

En observant toujours le prof exécuter l'unité rythmique, repérez, de façon auditive, les sons qui marquent la pulsation d'une part, et en même temps, les mains qui y correspondent. C'est la base absolue pour établir ses repères. Car, lorsque plus tard, le rythme sera joué dans son intégralité, c'est à ses repères qu'il faudra s'accrocher si jamais vous perdez le fil. Cette étape mène finalement à la suivante, qui consiste à apprendre la séquence sonore des accompagnements rythmiques et sentir le rythme.

Après le cours: la consolidation

À la suite du cours, deux choses peuvent arriver. Soit vous avez réussi à franchir la première phase décrite auparavant avec succès, soit il y a encore du travail à faire de ce côté. N'ayez crainte, c'est souvent juste une question de temps si tel est le cas. La deuxième étape consiste à consolider le rythme à la maison, en effectuant de petites manoeuvres bien simples qui vous sauveront du temps.

Si vous suivez des cours hebdomadaires, vous avez donc sept jours pour consolider votre apprentissage. Durant les deux premiers jours, ne regardez pas tout de suite la partition écrite. Essayez de vous replonger dans l'atmosphère du cours et chanter le rythme. Chanter-le jusqu'à en être saturé. C'est là que la dimension auditive prend le dessus sur le visuel. En chantant avec le système «POU-PI-PA», vous allez arriver à vous affranchir de l'effort conscient nécessaire pour retenir le rythme. Personnellement, j'effectue cette manoeuvre en marchant le jour pour me rendre au travail, car mes pieds font la pulsation au sol pendant que je suis en train de me remémorer les frappes. Vous pouvez tout aussi bien faire la même chose en tapant sur le volan de la voiture (sans les pieds bien entendu!...)

Au troisième jour et pendant les jours précédant le nouveau cours, assoyez-vous maintenant et ouvrez votre partition écrite. C'est maintenant le temps d'associer le contenu auditif avec le contenu visuel pour pouvoir arriver à bien comprendre la rythmique des accompagnements. Il existe beaucoup de trucs pour y arriver, et un des plus efficaces est d'identifier, via un système de couleur, les frappes qui tombent sur les temps et qui consistent à la base du rythme. En subdivisant chaque espace qui est compris entre deux temps (donc entre deux couleurs), concentrez vous sur ce que vous voyez, et recommencer à chanter à voix haute. Une fois le rythme en entier bien compris, c'est à ce moment que je vous recommande de vous concentrer sur l'ordre des mains. En procédant ainsi, vous empêchez de focuser sur les détails des mains et vous faciliter grandement l'intégration du rythme.

L'étape ultime: l'intégration

Lors de votre cours suivant, où d'habitude le prof fait un retour sur le contenu de la semaine d'avant, vous aurez l'occasion d'intégrer le rythme. C'est l'étape ultime de votre apprentissage. Si vous êtes en mesure de rejouer les divers accompagnements sans trop d'efforts conscients, c'est signe que vous avez bien assimilé la matière. Encore mieux, si vous êtes en mesure de le montrer à d'autres élèves, alors votre intégration est presque complétée.

Sachez par contre que selon le niveau où vous en êtes, l'intégration peut très bien se faire selon une période de temps plus ou moins longue. Il n'est pas rare de voir plusieurs semaines s'écouler avant de bien maîtriser un rythme. Une deuxième dimension de l'intégration du rythme est de voir si vous êtes en mesure de le jouer à divers vitesses et sur une longue période. Assimiler les frappes est une chose, jouer pendant plusieurs minutes un même accompagnent en est une autre !

Finalement, retenez ces trois mots pour ne pas perdre de vue le fil de votre apprentissage: exposition-consolidation-intégration. Cette méthode est tout-à-fait personnelle et vous pouvez en tirer l'ensemble ou un point bien précis selon votre guise !

Bon apprentissage!

P.S.: N'hésitez pas à me laisser vos commentaires ou suggestions pour parfaire cet article!

dimanche 17 février 2008

Comment acheter un bon djembé ?

Comme premier article de la série "Comment jouer du tambour ? " de 2008, je vais répondre à une question qui m'a été demandée à plusieurs reprises par des élèves de l'école et par des lecteurs de mon blogue. Quelle est la procédure à suivre pour acheter un djembé de qualité, qui va produire de beaux sons, et qui ne coûtera pas trop cher ? Où vais-je trouver la perle rare ? Ces questions ne sont certes pas faciles à répondre, et il n'existe pas vraiment de réponses définitives et exhaustives. Cependant, je peux certes vous aiguiller en vous donnant quelques trucs et conseils sur l'achat d'un djembé.

Le son, d'abord et avant tout!

Avant toute chose, il est essentiel d'avoir cette prémisse en tête lorsqu'on magasine un djembé:

Un djembé de qualité doit d'abord et avant tout produire de façon claire les trois sons de base.

Souvent, en conseillant certaines personnes qui se cherchaient un premier tambour, j'ai souvent dû leur expliquer que l'aspect esthétique, souvent invoqué en premier lieu, était en fait le dernier critère sur lequel se baser pour choisir un djembé. Il faut donc faire abstraction de l'aspect visuel de l'instrument et prendre le temps de frapper la peau et d'entendre les différents sons. Tout de suite, de façon instinctive, votre oreille aimera ou n'aimera pas le son. Si l'instrument ne produit pas assez de volume, s'il y a trop d'harmoniques (les aiguës de la claque sont trop présentes), si le son est trop grave, etc..., mieux vaut laisser cet instrument de côté.

Assis ou debout ?

Le deuxième critère à prendre en considération lors de l'achat d'un djembé est la posture. Allez-vous jouer plus souvent assis ou debout avec votre instrument ? Cette question est primordiale, car le bois composant le fût de l'instrument peut être très lourd ou très léger.

À ce propos, les djembés sénégalais sont ceux dont le bois est le plus dense, donc ils sont très lourds. Il faut donc opter pour ce type de djembé si vous pensez jouer la plupart du temps assis. Les djembés provenant du Sénégal ont également un cerclage plus proéminant, c'est-à-dire que les noeuds du cordage font saillie sur le rebord de la peau de chèvre. Ce n'est pas le type de djembé à conseiller à ceux qui débutent, puisque très vite, vous risquez de vous blesser les mains inutilement.

Les djembés de type malinke ou guinéen ont l'avantage d'être sculpté avec un bois dense mais très léger, ce qui permet de pouvoir jouer debout pendant de longues périodes. Leur désavantage par contre est le prix; ils sont assez dispendieux, mais en général, de très bonne qualité, produisant un son clair avec une belle peau de chèvre semi-rasée. Ils ont aussi la caractéristique d'avoir une base très évasée, leur conférant une basse très ronde et persistante.

En magasin, demandez au vendeur de vous fournir une courroie pour pouvoir essayer de jouer dans les deux positions afin de voir si vous êtes à l'aise. En même temps, testez différents types de courroies (coussinées ou non, courroie de taille ou aux épaules, etc), afin maximiser votre confort.

Les éléments visuels à regarder

En plus du son et de la posture, différents éléments sont à examiner attentivement lorsqu'on achète un djembé.

  • Le fût. C'est l'élément essentiel de l'instrument, il s'agit du bois sculpté composant le corps du djembé. Examinez attentivement son allure afin de détecter toute imperfection. Des craques, des failles ou des trous peuvent compromettre le son et sont souvent des indices d'un défaut de fabrication à ne pas négliger.
  • La peau. Évidemment, même si le fût est d'excellente qualité, le son qui en sortira ne sera jamais aussi riche que si une peau de chèvre de qualité soit apposée dessus. Vérifiez que la peau ne soit pas trop mince, qu'elle soit installée de façon adéquate (la colonne vertébrale, soit le pli longitudinal de la peau, se doit d'être la ligne de démarcation centrale du cerclage), et que son rebord ne présente pas déjà des égratignures ou des signes de fatigue (trous, replis, bosses ou creux, etc.).
  • Le cordage. En regard avec la peau, la meilleure peau de chèvre possible apposé sur le meilleur fût ne pourra produire un son optimal que si le cordage et le tressage soit de qualité. Ici, je ne suis pas très familier avec les différents styles de cordage, mais la corde doit être assez épaisse et ne doit pas avoir de signe d'usure prématurée telle que des effilochures. Regardez les mailles (les noeuds présent tout le tour du cerclage) et notez s'il sont assez tendus. Finalement, regardez la tresse au bout du cordage et vérifiez qu'elle soit bien lassée pour éviter une détente prématurée de l'ensemble de la corde.
  • Le diamètre du fût. Il existe une panoplie de djembés sur le marché possédant divers types de diamètre. Il est important de voir à ce que le djembé ne soit pas trop de petite dimension car plus le djembé est petit pour vos mains, plus il sera difficile d'en tirer des sons de qualité. Pour vérifier le diamètre, si vous apposez vos deux mains en «pointe de tarte» sur la peau du djembé, elles doivent grosso modo occuper le tiers de sa surface. Pour un adulte, en moyenne, un diamètre de 12 ou 13 pouces est adéquat.
  • Les points de contact. Cet élément est surtout pertinent si vous planifiez de jouer debout. En plaçant le djembé avec une courroie dans cette posture, regardez attentivement si le fût entre en contact avec vos mollets et votre taille. Si c'est le cas, bougez un peu de gauche à droite et vérifiez s'il y a du frottement. J'ai déjà vu des élèves sortir des cours avec des ecchymoses assez prononcées car le djembé était inadéquat pour leur posture, frottant constamment sur leurs jambes. Évidemment, en position assise, ce problème s'élimine d'emblée. Par contre, il va falloir prendre en compte la surface sur laquelle repose la base du fût. Il faut que cette surface soit antidérapante pour éviter que l'instrument ne bouge sans arrêt. Certains djembés auront des capuches en caoutchouc à leur base pour remédier au problème. Sinon, munissez-vous d'un tapis ou d'une serviette pour vous assurer de ne pas égratigner votre djembé ou votre plancher !

Tambour à corde ou à clé ?

Deux types de djembés existent en Amérique du Nord. Les tambours à cordes, la plupart du temps importés directement d'Afrique et les tambours à clés, usant d'une quincaillerie comme système de tension de la peau. Au Québec, le pionnier dans ce dernier type de tambour est sans contredit Michel Ouellet, fondateur de l'entreprise Moperc. Cette petite compagnie fabrique des tambours de tous les styles en utilisant des systèmes de clés pour tendre la peau, ce qui leur confère des avantages indéniables quant à leur rapidité à calibrer le tambour pour s'assurer d'obtenir un son idéal. Ce tambourier utilise le frêne comme matière première pour le fût, respectant les normes traditionnelles de fabrication des djembés.

Si vous vivez dans un endroit où il règne beaucoup d'humidité, et où le climat est très variable, comme ici, au Québec, si vous transportez fréquemment votre instrument, et si vous êtes rétissant à défaire le cordage d'un djembé traditionnel, optez pour ce genre de tambour. J'ai commencé moi-même à jouer avec un tambour Moperc et je n'ai certes pas été déçu. Ils sont vraiment très bien fabriqués, si ce n'est de la peau que je trouve trop rasée et trop mince. Mais, cela ne pose aucun problème si vous débutez dans l'apprentissage du djembé.

Où acheter ?

Cette question n'est pas facile à répondre, puisque la plupart des magasins d'instruments de musique sont généralistes et n'offrent pas un choix exhaustif de tambours africains. Souvent, les djembés sont de piètre qualité, trop petits, ou fabriqués avec des matériaux inadéquats ou synthétiques. C'est pourquoi il faut user de parcimonie dans le choix offert dans les grands magasins. Certes, un vendeur qui est percussionniste et qui joue toujours (ou qui a déjà joué) d'un instrument tel que le djembé va grandement vous aider, en vous mettant en confiance. Osez toujours demander ce que le vendeur du commerce connaît dans le domaine. Examinez son attitude, son "non verbal".

Si vous pensez un jour suivre des cours de percussions, aller jeter un oeil dans les écoles de percussion, si vous en êtes capables. Garanti que vous recevrez des conseils plus précis et qui répondront mieux à vos besoins. Les écoles offrent souvent des rabais sur les tambours africains si vous y êtes inscrits. Si vous faites affaire avec un commerce au détail, assurez-vous que la garantie est adéquate. Elle est généralement d'une durée d'un an, excluant la peau, puisque le fait de frapper dessus est considéré comme de l'usure normale. N'oubliez pas aussi que le fait de frapper la peau va, inexorablement, causer un jour où l'autre sa déchirure, et qu'il faudra penser à la remplacer...

Combien ça coûte ?

Encore là, cette question n'est vraiment pas facile à répondre de manière concise, tout dépend des matériaux et du talent du tambourier. De façon générale, les tambours indonésiens sont moins dispendieux, alors que les djembés guinéens sont beaucoup plus chers, à cause de la rareté de leur bois, qui est soit dit en passant en voie de disparition. Les djembés de type Moperc sont aussi assez dispendieux, mais leur qualité et leur son en font d'excellents tambours pour apprendre à jouer et façonner les mains aux aléas de la percussion.

Si vous êtes débutants et chercher à plonger dans le monde de la percussion et du djembé africain, je vous conseille fortement d'opter pour un djembé qui est à un prix légèrement au-dessus de votre budget. Aux alentours de trois-cents dollars minimum, vous allez avoir un djembé résistant et de bonne qualité. Certes, il en existe de moins dispendieux, mais par expérience, la clarté et la facilité à produire les sons de base sont beaucoup moins évidentes à reproduire, d'autant plus qu'il faudra tendre la peau plus souvent qu'autrement.

N'oubliez pas qu'un djembé ne peut être acheté seul ! Investissez aussi un bon montant d'argent pour la courroie (environ 35$) et l'étui (environ 50$). Ces deux accessoires sont essentiels pour garantir une posture adéquate et bien sûr, protéger l'instrument de l'environnement extérieur lors du transport, d'autant plus que le djembé est extrêmement fragile aux variations de température.

Le plaisir de jouer

Pour terminer, je reviens encore sur l'importance des sons. Si votre djembé ne peut produire les trois sons de base (basse, tonique, claqué) de façon claire, vous allez très vite vous décourager de jouer de cet instrument, en ayant la fausse croyance de ne pas progresser suffisamment, ce qui est totalement faux. De plus, un djembé de bonne qualité durera longtemps, et plus vous jouerez avec le même tambour, plus vos mains s'adapteront à votre instrument, vous permettant ainsi de progressez plus rapidement.

Bon magasinage!

mardi 6 novembre 2007

Comment le djembéiste doit prendre soin de ses mains

Sans nul doute, jouer du djembé apporte son lot de désagréments au percussionniste, puisque le djembé, instrument membranophone, invoque le contact perpétuel des mains avec sa surface, ce qui provoque des chocs considérables et répétés. Dans ce billet, je vous parle des différentes blessures pouvant survenir lorsqu'on débute à jouer du djembé, et je vous explique comment y rémédier à l'aide de deux très bons produits, naturels en plus.

Les blessures

  • Les ecchymoses et hématomes. C'est le type de blessures le plus commun lorsqu'on débute à jouer de la percussion. La force de frappe étant irrégulière et souvent beaucoup trop forte, les veines de la main éclatent, causant instantanément des ecchymoses et hématomes, visibles par des enflures aux mains, souvent à la base des doigts et au niveau des articulations. Avec le temps, les frappes étant plus régulières au niveau de la position des mains, les points de contact de celle-ci avec le rebord du djembé et la peau vont se renforcir, et les ecchymoses vont disparaître d'elle-même.
  • Les ampoules. C'est le deuxième type de blessures qui survient lorsqu'on commence à jouer la percussion. Là encore, elles témoignent d'une irrégularité dans les forces d'exécution des frappes, et surtout, d'un frottement excessif de la peau de la main sur la peau de chèvre. Contrairement aux ecchymoses, qui arrivent à peu près chez tout le monde, les ampoules peuvent avoir tendance à apparaître chez les gens chez qui la peau des mains est très sèche. Heureusement, il existe des produits qui peuvent pallier facilement ce problème. Fait à noter, les ampoules ont beaucoup plus tendance à apparaître avec les instruments qui requièrent des baguettes. J'en suis présentement à gérer ce désagrément relié aux dunduns, puisque les maillets causent des ampoules assez intenses parfois.
  • Les craquements de la peau. Personnellement, je trouve ces blessures les plus désagréables, car elles sont extrêmement sensibles. Comme pour les ampoules, elles surviennent par un assèchement prématuré de la peau, au niveau des articulations, donc là où la peau plie. La peau va subitement fendre au niveau du repli des doigts, causant une douleur vive et très sensible. Elles se résorbent d'elles-mêmes, mais elles doivent avoir sufisamment cicatrisées et elles nécessitent une protection additionnelle, sinon elles se reformeront et souvent de façon encore plus marquées encore.
  • Les tendinites et autres douleurs musculaires. Le dernier type de blessures rencontrées, autant chez les novices que chez les érudits, est la fameuse tendinite. L'inflammation du tendon, la plupart du temps celui appelé "l'extenseur du pouce", au niveau du poignet, est causé naturellement par un surmenage et une tendance à mal placer ses mains. Cette blessure évoque l'importance primordiale de bien s'échauffer avant de jouer son instrument. Les échauffements feront partie d'un prochain article que je compte mettre en ligne sous peu.

 La trousse de premiers soins du djembéiste

  • L'arnica. Cette petite fleur jaune poussant dans les montagnes est  connue depuis des siècles dans la pharmacopée naturelle. Elle peut être vendue sous forme de gel, de capsule (homéopathie), ou de teinture. Sa propriété médicinale est sa vertu anti-inflammatoire et analgésique très puissante. Il suffit d'appliquer une petite quantité d'extrait d'arnica sur les régions inflammées et les oedèmes pour faciliter la guérison. Mais attention, l'arnica ne doit pas être appliquée sur les plaies ouvertes ou être ingérée (à moins bien entendu d'avoir acheté l'arnica en caplets), car elle est toxique pour le système digestif et cardiaque. Appliquez donc une couche d'arnica tout juste avant et surtout, tout de suite après avoir joué, directement sur vos ecchymoses, et l'enflure réduira assez rapidement. Le gel d'arnica est vendu dans les rayons des produits naturels de toute pharmacie (au Québec du moins).
  • Le karité (sous forme de beurre ou de pâte). L'arbre du karité se retrouve abondamment dans la savane africaine. Depuis des millénaires, les Africains en récoltent le fruit qui contient une amande très grasse qui est transformée en une pâte huileuse et graisseuse aux multiples vertus pharmacologiques. Tout comme l'arnica, mais à une échelle moindre, le karité exerce une activité anti-inflammatoire via les propriétés de ses insaponifiables. Les insaponifiables sont les acides gras essentiels qui ne se transforment pas en savon lorsqu'on les met en contact avec une base. Ces insaponifiables, en plus de leur propriété anti-inflammatoire, augmentent l'élasticité de la peau et favorisent la cicatrisation en stimulant la multiplication cellulaire. Le karité est un des produits naturels qui contient le plus haut taux d'insaponifiables. Il est donc idéal pour le djembéiste car il offre une hydratation des mains empêchant les craquements de la peau, tout en favorisant grandement la guérison des ampoules. On trouve le beurre de karité en pharmacie, tout juste à côté de l'arnica la plupart du temps. Personnellement, je préfère le véritable beurre, jaunâtre et huileux, à la pâte blanche et grumeleuse. À vous de choisir. Appliquez donc une généreuse couche de ce produit avant de jouer dans la paume de vos mains, et laissez le karité imprégner vos pores, car vos mains seront très graisseuses. Faites la même chose après avoir joué, et vos décorations disparaîtront très vite.
  • Le ruban adhésif. Finalement, munissez-vous d'un ruban adhésif servant à maintenir une gaze sur des coupures de grande surface. Vendu en rouleau, et souvent de couleur blanche, en tissu de préférence, il est le companion idéal pour protéger les ampoules et les craquements de la peau lorsque l'on joue du djembé. Faites attention par contre de ne pas trop serrer votre doigt en l'enroulant avec le ruban, car la circulation sanguine a tendance à augmenter passablement lorsque l'on joue.

Voilà donc essentiellement ce que tout joueur de djembé se doit de savoir quant aux différentes blessures qu'il risque de provoquer en commençant à jouer. Malheureusement, il faut passer par cette douloureuse étape afin de progresser. Dites-vous qu'avec une pratique régulière et un bon soin de vos mains, les blessures vont disparaître bien vite. Vos mains se doteront de la bonne vieille "corne", cette extra couche de kératine, au niveau des coussins de la paume à la base des doigts. Vos mains vont s'adapter à ce nouveau mode de vie.

N'hésitez pas à laisser vos idées et suggestions dans la section Commentaires afin d'enrichir cet article. Je risque d'ailleurs de le mettre à jour de temps à autre en demandant les trucs infaillibles à mes collègues percussionnistes. Bonne pratique!

samedi 15 septembre 2007

Comment jouer du djembé: les solos

Un des aspects les plus importants dans l'apprentissage de la percussion, hormis les rythmes de base, est de savoir comment faire des solos. Beaucoup d'étudiants à qui je parle me pose la question pour savoir comment réussir à faire un bon solo. La réponse à cette question est loin d'être simple. L'art du solo est constamment à parfaire, et même moi, j'en apprends à chaque jour sur cette technique. Je prends quand même cet espace aujourd'hui pour vous donner quelques trucs qui vous permettront de bien débuter et surtout, bien pratiquer.

Les préjugés

Avant d'y aller avec mes conseils, voici une liste des trois plus grands préjugés ou idées préconçues à l'égard des solos, qui ne sont pas vraiment de bonnes références sur lesquelles se baser avant de se lancer dans des prouesses spectaculaires au tambour. Noter bien que cette liste est personnelle, et loin d'être complète. À vous d'en juger.

Un bon solo doit contenir un maximum de frappes, ou de notes, dans le plus court laps de temps possible.

C'est totalement faux et même, à éviter, car l'oreille sera saturée par ce qu'elle entend.

Un solo doit être joué avec des frappes qui détonnent, en jouant le plus fort possible.

Autre erreur à éviter, puisque cela peut vous blesser d'une part, et vous vider de votre énergie, de sorte que vous ne pouvez plus poursuivre la pièce musicale une fois votre solo terminé.


Un solo se doit d'être joué à très grande vitesse.

Cela peut être vrai dans certains cas, mais c'est loin d'être la norme. Un solo peut être joué à n'importe quel tempo, donnant ainsi une toute autre couleur au rythme. La ligne à respecter est celle imposée par les autres instruments. On joue le solo souvent à la même vitesse que la musique qui le soutient.

Qu'est-ce qu'un solo?

La réponse à cette question est toute sauf objective. Chacun a sa propre conception d'un solo, mais il y a de grandes lignes directrices à savoir au niveau technique. Ma conception d'un solo est, à la base, un équilibre. Un solo vient mettre de la couleur et surtout, de l'intensité dans une pièce musicale. Par équilibre, le solo se doit de contenir des moments de silence qui font partie prenante du corps, du squelette auquel le soliste s'accrochera, pour ensuite pencher, sans excès, vers un remplissage de ces silences, avec des notes.

En percussion, le squelette d'un solo peut souvent consister à des parties de rythmes, d'accompagnements appris, que l'on peut modifier à son gré au fur et à mesure que le solo se déroule. Un facteur clé qui influencera à coup sûr le solo est le temps. Combien de temps le musicien dispose pour faire son solo, pour le créer, pour le bâtir. De plus, un solo se doit d'avoir un début et une fin. Le but est d'arriver à stimuler l'oreille de l'auditeur, à lui indiquer que quelque chose de spécial se passe dans la pièce musicale, à briser la routine.

Un solo sert également pour certains contextes particuliers. Je fais référence ici à la danse, par exemple la danse africaine, où un leader dans le groupe va ponctuer les pas de danse de frappes sonores et bien senties. Ici, le solo sert à supporter l'énergie, à agir comme un cataliseur pour garantir un effet d'entraînement aux pas de danse. Le danseur en vient ainsi à bouger avec un corps qui trouve son écho dans l'espace. Je ne vais pas m'attarder ici sur ce type de solo qui est assez particulier, peut-être en ferais-je davantage allusion dans un autre billet.

Les ingrédients

Maintenant que vous connaissez ma conception d'un solo, je vais vous entretenir sur les ingrédients à toujours se référer pour garantir un solo qui réussira, à tout le moins, à insuffler une dose d'intensité et de couleur à votre musique. Encore une fois, cette liste est tout-à-fait subjective et non-scientifique, donc vous en faites ce que bon vous semble.

  • L'émotion - Cet ingrédient est essentiel. Un solo se doit de véhiculer une émotion. De par l'émotion, je parle de celle qui vous habite à l'instant même où vous amorcer votre solo. Branchez-vous à ce qu'il y a de plus ressenti chez vous, non pas à ce que vous pensez, mais à ce que vous vivez comme sentiment, que ce soit de la colère, de la joie, de la peur, de la tristesse...Les possibilités sont infinies. Laissez ce sentiment émerger, et non seulement vous allez vous sentir infiniment mieux après, mais ce sentiment véhicule l'énergie et la puissance nécessaire pour effectuer un solo qui saura remplir son but: imprégner les oreilles du public pour qu'ils puissent se souvenir de la beauté de votre musique.
  • Le contact - En plus de véhiculer une émotion, le solo doit pouvoir toucher le coeur des gens qui vous écoutent. Alors imaginez-vous en train de jouer un solo sur votre tambour, en fixant constamment des yeux vos mains. Cette attitude corporelle est à proscrire. Il faut «ouvrir» votre solo, pour vos collègues musiciens d'abord, mais surtout pour le public. Il se passe alors un échange entre vous qui offrez et le public qui reçoit votre solo. Dès ce moment, la réaction d'exclamation comme les applaudissements et les cris devraient vous servir comme tremplin pour vous lancer plus à fond dans votre solo. La clé ici est de plonger! Soyez gestuel, théâtral dans votre solo, agrémentez-le de gestes, comme par exemple lever le bras dans les airs pendant que la main opposée frappe, faire semblant d'attraper l'air avec vos doigts, changer votre expression faciale...Les possibilités sont infinies! 
  • La confiance - Peu importe votre habileté technique à effectuer des solos, le plus important est de croire dur comme fer en vos moyens. Assumez-vous complètement et simplement. Un bon solo peut être seulement quatre notes, comme quatres basses, mais tellement puissantes et tellement senties qu'elles en donnent le frisson à l'auditeur.  Un bon geste avant d'entamer votre solo est de bien ancrer vos pieds au sol, de façon à vous enraciner. Prendre quelques secondes pour respirer et se centrer, faire le vide, est idéal pour élever le niveau de confiance. Le soloïste peut ressentir la peur, mais il ne doit pas la laisser transgresser son attitude, il doit s'en servir comme source de motivation pour plonger. Briser les barrières.
  • L'écoute - Une autre grande qualité à développer pour jouer un solo est d'aiguiser son oreille, c'est-à-dire, développer l'écoute musicale. Un solo se greffe à la musique pour se fondre avec elle. Éviter donc de partir dans des envolées de sons à grande vitesse ou à très fort volume, cela brisera la magie du solo. Mon prof Sénégalais m'a toujours dit que lorsqu'il joue un solo, il suit toujours la ligne des dunduns, les tambours qui agissent comme le métronome dans le rythme. Donc, peu importe l'instrument que vous jouez, essayer de repérer ce qui est régulier dans le rythme, comme les basses par exemple. Cela vous donne des balises pour bien appuyer les bases de votre solo, tout en évitant de jouer trop vite.

Par où commencer ?

Voici finalement quelques trucs de base pour vous guider à briser les barrières qui empêchent souvent de jouer des solos. Ces trucs, combinés aux ingrédients mentionnés auparavant, ont été les éléments que j'ai utilisés pour faire en sorte qu'aujourd'hui, lorsqu'on m'offre l'occasion de jouer un solo, je la saisis sans même me poser la question.

  • Écouter les solos de grands musiciens - Ce truc peut paraître complètement anodin, mais c'est de loin le plus important. Soyez alerte, en écoutant des rythmes africains où un maître performe un solo. Qu'est-ce qui, dans le solo, vous «parle», en termes d'émotions, d'intensité, qu'est-ce qui vous impressionne, en tant qu'auditeur ? Enregistrez ces éléments et décortiquez-les pour ensuite tenter de les reproduire.
  • La zone de confort - Cela m'amène à vous mettre en garde, en tentant de reproduire des éléments constitutifs des solos de grands maîtres. Il ne faut surtout pas viser trop haut. Un bon solo peut être tout simplement des basses qui sont tellement assumées et ressenties que les émotions et le contact avec le public seront quand même au rendez-vous, beaucoup plus que vous ne le croyez. Trouvez alors votre zone de confort, soit celle où vous estimez être à l'aise au niveau de l'exécution de vos frappes et la vitesse.
  • Varier les sons - Le son de prédilection pour les solos est sans contredit la claque. Étant très aérienne, cette frappe a beaucoup d'impact à l'oreille. Par contre, il faut éviter de trop l'utiliser, car ce qui fait la mélodie du solo est la combinaison savamment dosée des frappes et de la vitesse. C'est là l'aspect le plus difficile à travailler. Apprenez donc à entrecouper vos claques par des tons ouverts et des basses.
  • Le quatrième son: le silence - N'oubliez jamais qu'hormis les trois sons du tambour, il y en a aussi un quatrième: le silence. Intégrez-le dans vos solos. Il a en fait deux utilités. Il sert à récupérer physiquement, surtout à haute vitesse. Aussi, le silence permet à celui qui performe de mieux trouver ses points de repères en ressentant le rythme qui appuie son solo, tout en permettant aux auditeurs de ne pas être saturé par les multiples sons qui parviennent à leurs oreilles. Le silence est le meilleur moyen de pouvoir contraster votre solo et lui donner de l'impact. Par contre, trop de moments de silences dans votre solo rendra ce dernier fade et sans couleur.
  • Chanter! - Le dernier élément qui me permet de toujours m'entraîner dans mes solos, sans nécessairement avoir l'instrument sous la main, c'est de...Chanter! Chanter vos solos lorsque vous écouter de la musique, peu importe son genre. En utilisant le Pa pour la claque, le Pi pour le ton ouvert et le Pou pour la basse par exemple. Votre cerveau s'entraînera alors à enregistrer des "patterns" rythmiques, et vous verrez, lorsque viendra le temps d'effectuer votre solo réellement, vos mains appliqueront ce que votre cerveau aura enregistré!

Pour terminer...

Voyez le solo comme un privilège, et non comme un défi insurmontable. Rien n'est plus beau que de voir un djembéiste s'exécuter corps et âme sur son instrument, ouvrant ainsi les portes de son esprit, laissant parler et exprimer par ses mains, son visage, son corps tout entier, ce qui se cache au plus profond de lui-même. Et souvent, ce qui s'y trouve est un trésor inestimable.

jeudi 19 juillet 2007

Comment jouer du djembé: les sons

Le djembé africain est sans aucun doute l'instrument le plus accessible au commun des mortels. Personnellement, je ne suis pas un spécialiste du solfège et de la notation musicale. Cela ne m'empêche pas du tout de progresser très rapidement et facilement avec cet instrument. Ce deuxième article de mon guide de la percussion africaine portera donc sur les notions de base concernant les différents sons qui ouvrent toutes grandes les portes du royaume des rythmes africains.

Techniquement parlant, je vous avais introduit la dernière fois les notions primordiales sur la posture à adopter lorsqu'on joue du djembé. Si ce n'est pas déjà fait, retourner lire ces conseils avant de lire ce qui suit, car sans une bonne posture, inutile d'aller plus loin, vous n'obtiendrez jamais de bons sons.

La règle d'or: la pratique

Avant de commencer, ayez toujours en tête ceci. Les frappes au djembé s'apparentent à tout autre apprentissage d'instrument: plus vous allez pratiquer, plus vos sons seront réguliers. Ne soyez pas découragé si vous n'obtenez pas les résultats escomptés dès le début de votre apprentissage. Si vous prenez la peine de jouer régulièrement, sans pression, et surtout en notant au fur et à mesure les points forts et les points faibles de votre jeu, vos sons vont très rapidement devenir clairs et distinctifs.

La basse ou l'instinct du djembé

Instinctivement, quand je donne un tambour à quelqu'un qui n'en a jamais joué, la personne aura toujours tendance à frapper la peau en plein centre, avec le plat de la main. Le son qui en ressort est grave, rond et très résonnant. C'est le son instinctif du tambour: la basse. Le son sert à marquer les temps forts du rythme, le downbeat en anglais, comme le fait la grosse caisse de la batterie dans la musique.

Pour arriver à faire une basse, il faut utiliser la gravité. Toute la force de l'avant-bras est mise à contribution, en positionnant la main paume vers le bas, à plat, doigts collés. La main atterrit en plein centre du tambour. Notion très importante à comprendre ici, c'est l'inertie. Ainsi, et ce peu importe les frappes, il faut toujours laisser rebondir la main après avoir frappé, sinon le son sera complètement étouffé parce que la peau ne vibrera pas. Et vu que les vibrations sont à leur maximum avec la basse, il faut prêter toujours attention à ne pas laisser l'autre main (celle qui ne joue pas) sur la peau. Les mains ne doivent jamais y rester collés plus qu'une fraction de seconde! Imaginez toujours la peau de votre djembé comme un rond de poële brûlant.

Le ton ouvert, la tonique ou le tone

Le deuxième son qui est, si on veut, le complément de la basse est le ton ouvert ou la tonique. C'est un son beaucoup plus mat que la basse, sans résonance. Le ton ouvert ne contient pas d'harmonique aiguë ce qui le distingue de la claque que nous verrons en détail plus loin. Pour arriver à faire une tonique, il faut se servir des phalanges des doigts. La main frappe le bord du tambour, doigts collés, avec une extension complète du bras. Le poignet doit fléchir le moins possible. Les mains sont légèrement pointées vers l'intérieur, suivant le prolongement naturel des bras. Pensez à une forme en "pointe de tarte". Finalement, le pouce de la main forme un angle droit avec l'index afin d'éviter que ce dernier ne frappe la peau. Parlant du pouce, il ne sert jamais à faire des frappes au djembé, et vous risquez des blessures si vous n'y portez pas attention.

La claque, le slap ou la tape

Le troisième son du tambour africain est sans contredit le plus difficile à maîtriser. Il faut persévérer à l'exécuter, surtout pour arriver à régulariser sa sonorité, et ce, tout aussi bien de la main gauche que de la main droite. Votre main forte ou dominante y arrivera naturellement en premier. Avant toute chose, il faut savoir que la claque ne nécessite en aucun cas une force additionnelle pour être entendue clairement. Donc, il ne faut surtout pas forcer le mouvement. Avec les quelques conseils qui suivent, vous serez à même d'en arriver à faire une tape riche en harmoniques aiguës et en régularité.

Avant même de tenter quelque chose, réfléchissez à ce que votre main fait lorsqu'elle donne une claque sur une vraie peau (en espérant que vous allez dorénavant vous concentrer à le faire sur votre instrument, et non sur du vrai monde! ;-)). Ce sont avant tout le bout des doigts qui entrent en contact avec la surface de la peau. Et il y a une légère flexion du poignet à la toute fin du mouvement pour maximiser le fouettement de l'air au contact des doigts. C'est avec ce pattern (flexion du bras, main relaxe, bout des doigts qui fouettent la peau) qu'il faut penser à faire la claque.

Contrairement au ton ouvert, la claque se fait avec les doigts légèrement écartés. C'est également le seul type de frappe où le poignet est mis à contribution. Ainsi, dans le mouvement, le bras initie la flexion, et au moment où la main rencontre le rebord de l'instrument, il faut relâcher le poignet légèrement, pour que la main bascule vers l'arrière une fraction de seconde. Puis, la paume entre en contact avec le rebord (là où la peau rencontre le cordage). Le point d'impact sert de levier ou de pivot qui contribuera à faire fouetter naturellement, sans effort, le bout des doigts sur la peau pour produire un son riche en harmoniques aiguës.

Je vous avertis tout de suite, vous allez avoir de petites "décorations" qui apparaîtront sur vos mains en apprivoisant vos sons. C'est normal et cela va vite s'estomper avec le temps. La corne qui se développe aux points stratégiques d'impact dans la paume des mains garantit une protection supplémentaire et permet d'avoir une meilleure clarté sonore car elle agit comme une couche protectrice. J'y reviendrai d'ailleurs plus en détail dans un prochain billet.

Peau bien tendue, frappes toujours maintenues

Pour conclure, j'aimerais souligner l'importance d'avoir un instrument en bonne condition. Combien de fois aie-je vu des mains "décorées" d'ecchymoses et d'enflures parce que leur instrument n'était pas en bon état? L'élément à examiner avant toute chose est la peau de votre tambour. L'analogie est éloquente lorsqu'on pense au guitariste: avez-vous déjà vu un guitariste jouer avec un instrument désaccordé? Et bien c'est exactement la même chose avec un tambour: la peau doit être bien tendue. Et ce, de façon optimale. Une peau trop relâchée aura tendance à étouffer les toniques aiguës du tambour, alors qu'une peau trop tendue rendra les claques identiques au toniques car la peau n'a pas assez d'espace pour résonner. Il n'y a malheureusement pas de règle d'or universelle. Chaque instrument a ses propres caprices, à vous de trouver une tension idéale qui font que vos sons vont ressortir du fût de votre instrument avec clarté et beauté. Mais n'oubliez pas une chose: le djembé déteste l'humidité. Fuyez tout espace où il fait trop humide, votre peau s'en portera beaucoup mieux!

Je vais enrichir aux cours des prochains jours ce guide sur les sons avec des images et des vidéos. J'avoue que l'apprentissage du djembé est très visuel et aussi, auditif. Je vais donc tenter de rendre le tout plus visuel, mais cela va prendre un peu de temps. En attendant, relisez ces quelques conseils de base et pensez toujours à ces paroles venant du grand maître Mamady Keïta:

L'art de jouer du djembé, c'est d'abord et avant tout l'art de le faire parler, sinon c'est faire du bruit.

dimanche 13 mai 2007

Comment jouer du djembé: la posture

Depuis que j'ai commencé à écrire mon blogue, je me suis rendu compte, suite aux requêtes de recherche pointant vers mon carnet, que j'avais passé à côté d'une occasion unique d'exposer quelques conseils de base sur l'ABC de jouer du djembé africain. Et bien qu'à cela ne tienne, je corrige cette lacune et j'espère initier certains percussionnistes en herbe à profiter de ces quelques conseils qui m'ont grandement aidé, au fil du temps, à m'améliorer dans certains aspects de mon jeu.

Mon guide est surtout destiné aux personnes qui sont des novices dans l'art de jouer de la percussion. Le monde du tambour étant d'une richesse infinie, il me reste moi-même une quantité incroyable de notions à maîtriser.

Je commence ainsi une nouvelle section de mon blogue intitulée Comment jouer du tambour qui sera mise à jour à chaque début de semaine. Vous trouverez dans cette section une série de petits trucs qui vous guideront à bien débuter et à bien apprivoiser votre tambour. Je n'exclue pas l'idée de parler de plusieurs types de tambours, mais évidemment, je traiterai plus en profondeur du djembé africain qui demeure le type de percussions le plus populaire dans le monde.

En guise de première partie, j'aimerais débuter mes conseils avec la posture corporelle à adopter lorsqu'on joue du tambour, ainsi que la position idéale de l'instrument selon la posture.

Assis ou debout?

Première question essentielle à répondre avant toute chose! Joue-t'on du djembé assis ou debout? Et bien, c'est avant tout une question de préférence. Personnellement, je joue presque toujours debout, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, jouer debout permet de mieux sentir la rythmique, en balançant les pieds de gauche à droite. Droite étant le premier temps dans la mesure. En gardant ainsi un balancement constant, on évite de céder à la tentation d'accélérer comme des fous. Par contre, j'ai demandé la question à Cheick Anta, mon maître djembéfola Sénégalais qui m'enseigne, et ce dernier m'a répondu que dans les grands ballets de son pays, les djembéfolas jouent presque tout le temps assis, à cause de la longue durée des concerts.

Miroir, miroir, dis-moi comment je suis placé!

Ceci étant dit, surtout lorsqu'on joue debout, il importe d'attacher le djembé de façon adéquate. C'est même le point le plus important à considérer afin d'assurer d'éviter les blessures fâcheuses, notamment les tendinites, les déplacements vertébraux, les raideurs musculaires au cou, aux poignets et dans le dos, etc. Une règle d'or: lorsque vous sentez une tension à un endroit de votre corps en jouant, cessez immédiatement de jouer et portez attention, après vous avoir dégourdi afin d'éradiquer la douleur, à quel endroit exact elle apparaît. Le jeu du djembé est extrêmement physique et souvent, jouer sans avoir une posture adéquate provoque rapidement des douleurs musculaires. Un truc de pro qui m'a été donné: si vous le pouvez, jouer devant un miroir. Portez attention aux diverses parties de votre corps, surtout le cou, les mains et les bras. Vous serez ainsi beaucoup plus à même de corriger votre position en voyant votre propre reflet.

La position assise avec le tambour

Le tambour, lorsqu'on joue assis, doit reposer sur une surface rugueuse, idéalement un tapis ou, dans le cas où il n'y en a pas dans la pièce, une serviette, afin d'éviter que l'instrument ne glisse continuellement sous vos mains. Serrer les jambes autour du fût est aussi une bonne façon d'éviter les glissements impromptus. En jouant assis, le tambour doit être incliné vers l'avant, formant un angle de ± 45 degrés avec la verticale. Vos mains doivent ainsi reposer sur la peau sans que vos poignets ne "cassent" ou soient pliés, forçant par conséquent les mains à être repliées à l'intérieur, à éviter absolument. Les mains sur la peau forment ainsi un triangle, et elles ne sont donc pas en parallèle. Il faut jouer finalement le dos bien droit, en ayant les fesses un peu ramenées au devant du siège ou vous êtes installé. Les bras sont allongés naturellement le long du corps, et il faut à tout prix éviter de sortir les coudes, c'est ce qui cause les tensions le plus souvent.

La position debout avec le tambour

Jouer debout demande de l'endurance, une bonne condition physique et une certaine souplesse. Si vous commencez à jouer du djembé, je vous recommande de jouer assis pour vous familiariser et vous concentrer avec les mouvements des mains et des bras. Une fois cela acquis, vous pouvez commencer à jouer debout pendant de courts laps de temps. Vous verrez que le seul poids du djembé apporte une toute nouvelle dimension à l'art de jouer. Cela m'amène à vous parler maintenant de l'extrême importance de la ceinture ou de la courroie à utiliser pour attacher votre djembé et ainsi le maintenir en bonne position devant vous lorsque vous serez appelés à jouer debout.

Idéalement, je trouve personnellement que le poids de l'instrument doit être supporté par les épaules et la taille, et non seulement uniquement par la taille. Certains de mes profs détestent la sensation d'avoir les épaules restreintes par une ceinture, mais je trouve qu'après quelques tentatives, on en vient à complètement oublier ce facteur et notre endurance en est décuplée car les épaules aident grandement à endurer la gravité inhérente à l'instrument. De plus, votre colonne vertébrale en souffrira beaucoup moins à long terme. J'utilise pour ma part une courroie croisée dans le dos (marque Remo, disponible dans les grands magasins d'instruments de musique, souvent placées avec les courroies de guitare, pour un montant d'une trentaine de dollars) qui est auto ajustable et qui permet de pouvoir jouer debout sans problème pendant plusieurs heures après avoir, bien sûr, apprivoisé le jeu en position debout. Vous pouvez également trouver d'autres modèles similaires (avec mousquetons et coussinées pour un meilleur confort) dans les quincailleries. Peu importe votre choix, n'oubliez pas que la courroie garantit un support physique idéal pour bien jouer et surtout, jouer longtemps. Ne lésinez donc pas sur une courroie de qualité. Vérifiez bien les coutures, les crochets et soyez à l'aise surtout avec sa mise en place.

En résumé, ne prenez jamais à la légère votre posture lorsque vous serez dans des jams de musique avec votre djembé. Prenez le temps qu'il faut pour bien vous préparer à jouer. Votre qualité de jeu et votre plaisir n'en seront que meilleurs.

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