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dimanche 27 mars 2011

L’arbre et le petit djembé

Rien n’est plus organique et naturel que le djembé. Tous les matériaux nécessaires à sa fabrication (à part la corde et les anneaux de fer), proviennent d’êtres vivants. C’est ce qui confère à cet instrument une dimension fortement mystique, et pour ma part, à chaque fois que je frappe sur la peau de chèvre, je me sens connecté à quelque chose qui dépasse ma perception ou ma conscience, comme si je devenais sensible à une deuxième, voire une troisième dimension du monde. C’est encore plus vrai lorsque nous jouons en groupe, puisque la puissance de frappe du djembé et des doum-doum en devient décuplée.

samedi 12 mars 2011

Percussion sauce sénégalaise

Lorsqu’on pense au djembé africain, le premier pays qui nous vient en tête est la Guinée, berceau de la percussion africaine. La plupart des enregistrements audios proviennent de grands maîtres guinéens tel Mamady Keita ou Famoudou Konaté. Cependant, il ne faudrait pas penser que seuls les percussionnistes guinéens sont maîtres du djembé, loin de là. On en trouve de tout aussi talentueux au Mali, en Côte d’Ivoire, et au Sénégal, pour en nommer quelques pays.

dimanche 6 mars 2011

Un robot joueur de doum-doum

Vous désirez pratiquer vos accompagnements de djembé et vous n’avez personne avec vous pour jouer les accompagnements de doum-doum? Qu’à cela ne tienne, vous n’avez qu’à utiliser…un robot!! C’est en plein ce qu’a inventé un percussionniste qui manifestement est très doué en électronique. En branchant un circuit électronique après un assistant numérique personnel (PDA en anglais) contenant des séquences MIDI de rythmes africains, le tout relié après des mailloches en plastique obéissant à des impulsions électriques, vous obtenez le meilleur des deux mondes: un dununfola infatiguable (pourvu que sa pile soit de longue durée), et surtout, régulier comme un métronome! Cette démonstration de faisabilité est néanmoins vraiment intéressante, et fait définitivement entrer le djembé dans le XXIième siècle! Cliquez sur “Lire la suite” pour voir le vidéo du robot jouant les rythmes Soli rapide et Takosaba.

jeudi 3 mars 2011

La tonique au djembé et l’espace entre les doigts

Lorsque j’enseigne aux apprentis djembéfolas l’art de la tonique au djembé, je leur explique toujours qu’il faut fermer les doigts pour pouvoir réussir à produire le son mât et sec du ton. Cette façon de faire est cependant loin d’être la norme pour les joueurs de djembé expérimentés, surtout pour les maîtres.

dimanche 23 janvier 2011

Salut Gaston!

Le 7 janvier dernier, en consultant les dernières nouvelles de l’actualité, je fus pris par surprise par la nouvelle de la mort de Gaston L’Heureux. Pour les lecteurs d’Europe fidèles à mon site, cet homme a été l’équivalent au Québec de Michel Drucker. Gaston L’Heureux représentait la crème du milieu télévisuel québécois, ayant animé des émissions de toutes sortes sur tout les sujets, et ayant interviewé d’éminentes personnalités médiatiques. Le destin l’a très durement frappé en 2007, où, victime d’un grave accident de voiture suite à un malaise cardiaque, il perd l’usage de ses jambes et devient paraplégique.

mercredi 19 janvier 2011

Du tronc d’arbre au djembé: sa fabrication

J’ai déjà partagé avec vous un magnifique vidéo en trois parties traitant de la fabrication du djembé. Je viens d’en trouver un autre tout aussi bien réalisé, sans aucune intervention narrative, où les images parlent d’elles-mêmes. Très intéressant de voir la minutie et le naturel que les tambouriers entretiennent dans leur travail. Transformer un tronc d’arbre en instrument de musique est une réalisation artistique en soi, où chaque détail compte.

vendredi 24 décembre 2010

Mamady Keita en solo avec ses «tonpalos»

En cette veille de Noël, voici un vidéo de Mamady Keita qui vient tout juste d’apparaître sur la toile. Ce dernier s’adonne à un solo encore une fois endiablé! À observer ici, les nuances extrêmement subtiles dans le jeu (tantôt il frappe avec le bout de ses doigts, tantôt avec toute la force de ses mains), l’utilisation des fameuses “notes fantômes”, et surtout, l’utilisation du tonpalo, un son unique qui se situe à mi-chemin entre la claque et la tonique, où l’oreille détecte une harmonique vraiment particulière. Ce son dure plus longtemps que la claque, sans avoir sa puissance, mais il se différencie du ton, car il est beaucoup moins sec. À vous de le détecter durant votre écoute!

dimanche 7 novembre 2010

Concert intégral LIVE de Mamady Keita

En 2009, Mamady Keita et son groupe, Sewa Kan, célébrait le 50ième anniversaire de carrière de ce grand maître djembéfola. Pour l’occasion, un spectacle a été enregistré en vue de la sortie d’un DVD qui a pour titre Hakili, ce qui signifie “esprit” en langue Malinké. Et bien, je vous offre une capture live de ce concert, soit un peu plus de 2 heures de pur délice rythmique africain! On y trouve des inédits de Mamady tel que Hakili, Matoto, Kedju (Kanin II), etc.

samedi 30 octobre 2010

«Il n’y a pas de mouvement sans le rythme»

Parler…Marcher…Chanter…Moudre le riz…Forger les cloches…Couper l’arbre qui fournira la matière première au djembé…Danser…Qu’ont toutes ces choses en commun? Qu’est-ce qui les relie?? La réponse est simple: c’est le rythme. Concept indissociable de tout ce qui vit, de tout ce qui habite notre planète. Les Africains l’ont longtemps compris et chaque jour de leur vie, ils rendent grâce au rythme.

Cette vidéo en est l’exemple parfait. Un véritable petit chef-d’oeuvre, ce court-métrage illustre à merveille l’origine des rythmes en Afrique et toute leur essence qui est très profonde.

samedi 5 juin 2010

Le Dibon, rythme des oiseaux

Le Dibon (II) est un rythme joué pour les fermiers. Le Dibon représente un couple d’oiseaux, mâle et femelle, qui sont ensemble le jour et qui, la nuit, se séparent pour dormir chacun dans leur arbre. Le matin, lorsqu’ils veulent se réunir, un des oiseaux chante et l’autre lui répond. La mélodie de leur chant a été entendue par les chasseurs de l’époque pour être transposée en rythme qui, de nos jours, accompagnent les fermiers lors de leur retour des labours.

Ce rythme contient une polyrythmie absolument magnifique aux doum-doum, car le dununba et le sangban se répondent continuellement pour rappeler le chant des oiseaux. Le rythme contient aussi 7 phrases de technique pour parfaire vos solos. Voici la partition et les vidéos.

vendredi 4 juin 2010

Les sons au djembé: les techniques à éviter

La puissance de l’Internet fait en sorte que tous les jours, des dizaines de vidéos parlant du djembé font leur apparition dans les réseaux sociaux et les sites comme Youtube. Cette ressource inestimable d’information, rendue encore plus précieuse car elle est gratuite, détient cependant un sérieux problème: celui de l’exactitude de l’information.

L’exemple suivant vous rappellera de ne jamais sous-estimer ceci: rien n’est plus exact que ce que votre maître ou professeur de djembé vous enseigne en personne. Ne prenez jamais pour acquis ce qui est disponible par Untel sur le web. J’ai dû visionner des dizaines de vidéos de pseudo-percussionnistes qui veulent bien faire en mettant en ligne leur savoir-faire pour que la communauté puisse en profiter. Geste bien honorable, mais qui détient de sérieuses lacunes lorsque la technique démontrée laisse fortement à désirer.

Voici donc un bel exemple de quoi NE PAS reproduire comme technique au djembé, pour faire les trois sons de base. Les vidéos qui suivent sont nommés en fonction de ces trois sons, mais ils détiennent tous les trois de sérieuses lacunes quant à la position des mains.

mercredi 3 mars 2010

Du matériel inédit de Mamady Keita!

Quoi de mieux pour relancer les mises à jour sur mon blogue que d’avoir sous la main du matériel inédit du grand maître de la percussion Mamady Keita? Et bien, je vous offre aujourd’hui une cinquantaine de minutes de rythmes, d’histoire et de pédagogie qui proviennent directement du grand maître, rien de moins! Ce matériel inédit et inestimable a été filmé par une vidéaste de France qui a assisté à l’atelier annuel donné par Mamady en juin 2008. Scindé en trois vidéos, Mamady parle de l’historique du djembé et des rythmes, présente chaque instrument, et bien entendu, il joue comme seul peut le faire, en compagnie de son épouse Monette. Voici donc pour vous ces trois vidéos de grande qualité. À voir absolument pour tous les amateurs de djembé!

samedi 21 novembre 2009

Un djembekan à deux djembés!

Je suis tombé par hasard sur une improvisation au djembé totalement renversante du jeune djembéfola Babara Bangoura. Il est membre du groupe de percussions Sewa Kan de Mamady Keita. La particularité de sa performance réside dans l’utilisation de deux djembés qui sont tendus de façon opposées. Les djembéistes utilisent souvent des djembés à des tensions différentes. Ainsi, les accompagnements vont sonner avec des notes moins aiguës afin de mettre en valeur les solos effectués par le leader, qui lui utilise un djembé dont la peau est très tendue.

En outre, il y a quelques éléments qui sont intéressants à observer dans le vidéo, soit la polyrithmie employée dans le solo ainsi que l’indépendance totale des membres (la main gauche joue indépendamment de la droite). À un certain moment, on jurerait qu’il y a deux joueurs qui performent en même temps! La vitesse d’exécution est toujours très impressionnante à regarder chez des joueurs de cette trempe, et que dire des sons qui sont clairs comme jamais. Un autre super bon vidéo d’apprentissage!

mercredi 14 octobre 2009

Un piano en forme d’escalier

Je ne pouvais pas passer à côté de ce vidéo où le concept sait allier le plaisir de la musique (la percussion par surcroît) et le fait de se maintenir en forme. L’idée est simple: inculquer l’envie aux gens d’utiliser un escalier au lieu d’un escalateur, mais sans leur parler ni même leur indiquer par écrit de le faire. Il suffit d’utiliser la musique et les sons…Vous n’avez qu’à cliquer pour voir le résultat qui est stupéfiant.

jeudi 3 septembre 2009

Comment fabriquer une poignée à son djembé?

Lorsque le djembéiste termine de tirer la corde de son tambour pour tendre la peau, il reste toujours un excédent de corde qui risque de traîner et de déranger le percussionniste lorsqu’il joue. Une solution à ce problème consiste à enrouler la corde autour du fût, à la base, mais à force de jouer, il y a toujours un certain risque que la corde ne se défasse à nouveau.

vendredi 28 août 2009

Le djembé à la sauce japonaise

Le tambour africain est désormais rendu populaire dans le monde entier, transcendant les cultures et symbolisant une certaine fraternité entre les peuples. Il est très réjouissant de pouvoir constater qu’un instrument africain puisse voyager autant et se retrouver entre les mains de personnes qui, à prime abord, n’ont aucun lien avec la culture africaine. C’est le cas de ces quatres «serveurs» japonais qui s’adonnent à une très bonne prestation d’un arrangement de djembé. Décidément, le djembé n’a pas fini de nous surprendre!

jeudi 27 août 2009

Le djembekan d’Harouna Dembele

Voici un petit vidéo d’une improvisation rythmique en solo au djembé par le djembéiste Harouna Dembele, dont voici la biographie trouvée sur le web.

Originaire de Bobo Dioulasso au Burkina Faso, Harouna est issu d'une famille de griot. Il est initié dès son plus jeune âge aux diffèrents instruments présents dans les fêtes traditionnelles burkinabées : djembé, balafon, doundoun, bara.

Il part pour Abidjan avec son père et ses trois frères qui sont, eux aussi, tous musiciens-batteurs, et commence à jouer dans les nombreuses fêtes populaires que compte la capitale ivoirienne: mariages, baptêmes, funérailles ... et autres cérémonies où ces instruments sont omniprésents.

Lire la suite de sa biographie sur son site Myspace.

Je vous invite dans ce vidéo à regarder attentivement les différentes frappes de ce grand maître du djembé. Outre les trois sons de base (basse, ton et claque), il y a toute une série de blocages (où la main va écraser la peau, créant un son plus sec). Voilà un très bon exemple de technique à développer dans vos solos!

mercredi 12 août 2009

Comment le djembé est-il fabriqué ?

Le djembé est un instrument qui est très simple du point de vue des éléments qui le composent: un simple tronc d’arbre sculpté avec le plus grand soin, avec une peau de chèvre et des cordes. Mais, la fabrication du djembé ne s’arrête pas là. Derrière se cache tout une symbolique, voire même un rituel. Chaque matériau est soigneusement choisi, travaillé, assemblé. L’art de fabriquer un djembé permet aussi de garantir un travail à des artisans, chose qui est non négligeable en Afrique.

Un vidéaste israélien a pris la peine de filmer la conception et la fabrication du tambour africain. Un formidable récit qui permet de plonger  dans l’univers des tambouriers africains. De la coupe de l’arbre jusqu’à la finition de l’instrument, tout y figure. À travers les étapes de conception du tambour, il y a la découverte d’un pays, la Gambie, des moeurs et du mode de vie des gens de ce pays. Voici donc un documentaire amateur très intéressant que je vous invite à découvrir.

Ci-dessous, il y a la première partie du documentaire. Cliquez sur le lien ci-dessus pour voir le reste.

À noter que ce vidéo contient des images qui pourraient très fortement choquer certains spectateurs (l’abattage de la chèvre), donc soyez avertis.

mardi 4 août 2009

La comète des Colocs éclaire Montréal

Mike Sawatsky, guitariste et membre fondateur des Colocs

La soirée était tout simplement parfaite. Comme lorsqu’une salle est de toute première qualité pour un artiste de renom. Une mise en scène parfaite pour vivre un moment que tous considéraient déjà comme unique, grandiose et sans aucun doute, à ne pas manquer: la réunion tant attendue des Colocs, groupe culte québécois des années 90 dont le regretté leader et chanteur, André «Dédé» Fortin, s’est enlevé la vie il y a maintenant 10 ans, se faisant hara kiri.

Il y a des groupes musicaux qui naissent et qui meurent, mais peu réussissent à transcender les générations comme les Colocs ont réussi à le faire. Parmi la foule plutôt impressionnante, il n’y avait pas moins de quatre générations différentes, de tout âge et de toute culture. C’est à l’image de ce groupe qui a su être à l’avant-garde de son époque, voulant mettre en pleine face du peuple québécois son ouverture sur le monde, porte étendard de son hospitalité.

Sans avoir besoin de se le communiquer verbalement, tout le monde avait très hâte de fredonner les airs connus des tounes qui ont bercé notre adolescence. Et malgré la mort de Dédé, tous pouvait ressentir sa présence, car le seul fait que les membres restants du groupe se réunissent pour la première fois depuis sa disparition, sur une aussi grande scène, est un événement en soi.

Peu avant 21h, la foule se massait le plus près possible de l’immense scène aménagée au coin des rues Jeanne-Mance et Maisonneuve. À gauche et à droite, les paroles désormais classiques des refrains des chansons du groupe retentissaient, et une électricité montait. Et c’est dans une énergie gonflée à bloc que le spectacle a commencé lorsque Sébastien Ricard, alias Batlam du groupe Loco Locass, s’est avancé seul sur scène, faisant signe à la foule de se taire, afin d’entendre ses coups de souliers à claquettes. Puis, la troupe de Gumboots Bourask se joignit à lui, lançant la soirée avec une salve de coups de bottes de caoutchouc bien sentis. Déjà, le moment musical était unique en soi. Puis, les sons des doum-doum et du djembé des frères Diouf ont retenti dans la nuit, marque de commerce des Colocs, et Mike Sawatsky, guitariste du groupe, fit son entrée sous un tonnerre d’applaudissement.

Lorsque les Loco Locass sont venus chanter Passe moé à puck, Tout seul et La traversée, la soirée a décollé sur des chapeaux de roues. C’était magnifique et délectable de voir le phœnix des Colocs renaître de ses cendres, et leur musique n’a pas pris une ride. La guitare de Sawatsky et la basse de Vanderbeist sont toujours aussi bien accordées. Et que dire des percussions des frères Diouf!! Wow! Toute la soirée, je n’avais d’yeux que pour les doum-doum d’El Hadji et du djembé de Karim. Tout le génie des Colocs réside là: amalgamer des instruments qui à prime abord n’auraient jamais leur place dans un spectacle de musique rock et festive.

Loco Locass avec les Colocs

Toute la soirée, j’ai été envahi par un capharnaüm émotif où se mêlaient la joie, la mélancolie, l’extase…J’étais complètement envahi par les souvenirs de l’époque où je chantonnais les classiques des Colocs. Quand Mike Sawatsky a entonné les premiers riffs corrosifs de Séropositif Boogie, une décharge électrique m’a traversé la colonne tellement c’était troublant de réentendre à travers la voix du guitariste et ami de Pat Esposito, harmoniciste du groupe décédé du sida, toute la fougue de cette puissante chanson. Et que dire de Pierre Lapointe, véritable ovni dans l’univers des Colocs! Avec un «tabarnak» bien senti, il a sauté sur scène pour chanter Mauvais caractère et Juste une p’tite nuite, ma chanson préférée des Colocs. Wow…un moment d’anthologie.

La soirée était loin d’être terminée. Les frères Diouf ont été étincelants lorsqu’ils ont été à l’avant-scène pour nous lancer quelques salves de djembés avec leur voix si belles. Sébastien Ricard a été bouleversant dans son interprétation de Belzébuth (MISE À JOUR 12-08-2009: meilleure qualité), et nous retrouvions l’instant d’une chanson l’incarnation en chair et en os de Dédé. Sébastien Plante du groupe Les Respectables a été vraiment très généreux dans son interprétation de la désormais classique pièce Tassez-vous de d’là. Jamais une foule n’a paru aussi heureuse de chanter en chœur avec le groupe. Tout juste après, installé à la guitare sur une plate-forme qui se soulevait dans les airs, Marc Déry a entonné les premières notes du Répondeur, et c’est à la lumière des briquets (oui, des briquets, et non des cellulaires, comme dans le temps des Colocs…) que tous ont chanté en silence et en buvant les paroles de cette très triste complainte de Dédé, annonciatrice de sa triste fin.

Tout le monde croyait avoir atteint l’apothéose émotive avec cette pièce, mais ce n’était que le hors-d’oeuvre au clou de la soirée. Les murs de la place des Arts ont soudain été tapissés de projection de chandelles, et ce fut un moment du spectacle que je n’oublierai jamais, car la foule a découvert pour la toute première fois la pièce ultime de Dédé et des Colocs, la Comète, dont voici les paroles:

Comme le temps est pesant en mon âme escogriffe
Un grand ciel menaçant, un éclair qui me crie
Ton coeur est malicieux, ton esprit dans ses griffes
Ne peut rien faire pour toi et tu es tout petit

Les nuages voyageurs font des dessins abstraits
Ils me parlent de bonheur que jamais je n’entends
Je pourrais faire comme eux et partir sans délai
Léger comme une poussière transporté par le vent

Et dans la solitude de ma danse aérienne
Le courage revenu, je trouverais les mots
Je réciterais sans cesse des prières pour que vienne
La douleur du silence d’un éternel repos, mais…

Épuisé que je suis je remets à plus tard
Le jour de mon départ pour une autre planète
Si seulement je pouvais étouffer mon cafard
Une voix chaude me dirait : tu brilles comme une comète

Comme la lune est moqueuse quand elle s’empare du ciel
Elle me regarde aller comme une lampe de poursuite
Je voudrais la détruire ou me poser sur elle
Étourdi par son charme qui jamais me quitte

Je suis comme une loupe que le soleil embrasse
Ses rayons me transpercent et culminent en un point
Allument le feu partout où se trouve ma carcasse
Et après mon passage il ne reste plus rien

Et dans la solitude de ce nouveau désert
J’aurais tout à construire pour accueillir la paix
Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers
Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais… mais…

Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
Je parle à qui veut de mon pays fictif
Le coeur plein de vertige et rongé par la peur

Dédé Fortin

Lorsque la pièce commença, la foule s’est tue religieusement, car nous entendions tous la voix de Dédé qui chantait le premier strophe de la pièce. Au beau milieu de la scène, un projecteur éclairait une chaise sur laquelle reposait la guitare de Dédé, avec au sommet de son manche son éternel chapeau melon, et à son pied, ses souliers à claquette. Il était carrément là, sur scène, avec nous tous, ce fut un de ces moments que tous se rappelleront dans des dizaines d’années. Puis, le monument de la chanson québécoise Paul Piché est venu sur scène le rejoindre, et voici ce que ça a donné.

Complètement soufflé par ce qui venait de se produire, la foule essuyait ses larmes car elle venait de retrouver de bons vieux copains qui s’étaient absentés bien trop longtemps.

Pour ma part, les Colocs représentent un groupe phare, puisqu’ils m’ont permis de découvrir la musique africaine et la percussion au travers de leur musique. Et surtout, surtout,  ils viennent de me faire vivre un des plus beaux moments de ma vie en compagnie de mes amis. En fait, il n’y a que les Colocs pour nous rappeler que la vie passe comme une Comète.

Merci Dédé, merci les Colocs et que votre musique soit immortelle!

Compilation vidéo de la soirée

MISE À JOUR (14-08-2009): Extraits vidéos du spectacle diffusé à Radio-Canada

jeudi 30 juillet 2009

La naissance d’Issaïa

Quand je prends le temps de m’arrêter pour passer en revue les trois derniers mois, j’ai peine à croire tout ce qui s’est passé en si peu de temps. À travers les aléas de ma petite vie personnelle, un projet grandiose s’est matérialisé grâce aux efforts d’un groupe soudé, uni et inspiré par le djembé. L’école Samajam a été le théâtre d’une naissance artistique qui a pour nom Issaïa. Voici donc la genèse de cette si belle aventure.

Tout a commencé lorsque mon collègue de travail et grand ami artiste Michaël vient se pointer le bout du nez à la fin d’un cours que je donnais à la session d’hiver 2009, le vendredi soir. Inspiré par le son des djembés, je l’invite à se poster derrière le micro et se laisser bercer par la musique. Aussitôt dit, aussitôt fait, cet inimitable créateur se laissa porter par l’énergie et c’est ainsi que naquit les toutes premières notes d’une pièce musicale qui prendra pour nom le titre de cet article. Sans aucun effort apparent, mon ami accoucha d’une mélodie qu’il estima hautement accrocheuse. Tellement qu’il saisit aussitôt mon téléphone cellulaire pour se chanter à nouveau les notes dans sa boîte vocale, c’est tout vous dire.

Je me souviendrai toujours de ce moment-là comme le début d’une très belle collaboration entre deux âmes qui, à prime abord, n’avait rien en commun, à part le fait qu’ils travaillent tout deux dans la même boîte.  Une force nouvelle a émergé suite au germe musical qui avait été planté cette soirée-là. La semaine suivante, j’obtenais le feu vert pour prendre en charge le groupe des Débutant 1 de la plus grosse école de percussions du Canada. Et j’acceptai tout de suite le mandat, rêvassant du moment magique du spectacle de fin de session, suite à la proposition un peu loufoque de mon ami. Comme quoi, tout s’enlignait pour que le projet Issaïa puisse prendre forme.

À la mi-avril, je me retrouve devant quelques quatre-vingt étudiants qui n’ont aucune idée de ce qu’est le djembé, mais qui ont un désir d’apprendre et de découvrir cet instrument extraordinaire. Ce leitmotiv a été le carburant dont je me nourrissais chaque semaine pour porter à bien ce projet qui m’était cher. Dès lors, en prenant le pouls du groupe et en m’asseyant avec mon comparse pour établir les bases du projet, le concept s’est imposé de lui-même. Il fallait oser transformer l’image masculinisante du djembé, oser exposer sur scène une autre facette de l’instrument, son côté féminin, plus doux, plus équilibré dans les textures et les sons. Trop souvent les numéros des étudiants incarnent la puissance brute de la percussion africaine, alors il était temps d’explorer d’autres avenues.

Les premiers cours ont débuté et le projet du spectacle a hiberné le temps d’amener la meute des percussionnistes à un niveau satisfaisant pour leur exposer l’idée. Pendant ce temps, Michaël a concocté une trame musicale avec ses bidules électroniques. Je me souviendrai également longtemps de la première écoute chez lui, dans son mini studio, puisque sans même en avoir parlé ensemble, il avait choisi le genre musical idéal pour concrétiser l’intention de la puissance féminine du numéro: le reggae.

À la neuvième semaine de la session, il est venu le temps d’exposer notre idée un peu folle au groupe d’étudiants. J’étais nerveux car je craignais que l’idée soit mal accueillie. Mais, aussitôt les grandes lignes expliquées, le stress s’est transformé en grande excitation, car les étudiants ont très bien réagi et leur enthousiasme a tout de suite été un puissant levier créatif pour la suite des choses. Dès lors, il fallait tout peaufiner, et petit à petit, les rythmes ont été maîtrisés, les pas bien exécutés, et une assurance et une prestance ont rejailli dans le groupe.

Malgré tout, quelque chose manquait. Il fallait pallier à la présence vocale masculine de Michaël. C’est pourquoi un bon soir, j’appelais mon amie chanteuse Annie pour lui proposer de venir chanter avec quelques quatre-vingt percussionnistes. Ce fut un argument très persuasif qui la força à annuler son week-end de camping prévu la journée du spectacle. Ce fut un autre très beau moment que de la présenter à Michaël, car aussitôt une belle chimie se créa entre nous tous. Sur la musique déjà vivante, il fallait y ajouter quelques paroles évocatrice du symbole féminin qu’est Issaïa, et Michaël a eu une superbe idée en composant le texte en quatre langues différentes. Le surlendemain, les étudiants furent emballés et nous avons décidé de garder une portion chantée, pour que la puissance de la voix et du djembé s’unifie. Je ne peux vous décrire la décharge électrique ressentie dans ma colonne vertébrale quand j’ai entendu les voix la première fois.

Une semaine avant le jour «J», j’ai invité ma grande amie percussionniste Myriam à venir participer au numéro, ne serait-ce que pour la voir et l’entendre avec ses magnifiques solos de djembé. Elle devait participer à notre numéro, incarnant à elle seule l’énergie insufflée depuis le dernier mois au sein du groupe. Les dernières répétitions se sont déroulées sans anicroches, et tous avaient hâte de montrer à quel point ils avaient compris la richesse du tambour africain.

Le dimanche 5 juillet arrive enfin et la journée est magnifique. Une des seules journée de juillet qui le sera d’ailleurs. J’arrive très tôt sur les lieux, et la répétition avec les étudiants se déroule à merveille, le temps de tout bien vérifier au point de vue technique, de placer les gens sur scène, et de rejouer une dernière fois le numéro. Tout baigne dans l’huile, si bien que le reste de la journée s’offre à nous pour décompresser et attendre enfin la soirée et la venue des spectateurs. Le soleil descend dans le ciel peu à peu, et sans trop m’en rendre compte, l’heure du spectacle arrive enfin. Le temps de donner mes dernières indications à mes élèves, nous sommes fins prêts, installés derrière la scène. Posté contre la porte menant en coulisse, j’entends les premiers applaudissements, le rideau s’ouvre et je me dis: «Ça y est, dans quelques minutes, Issaïa sera réalité.»

Lorsque je marche sur la rampe qui me mène sur scène, un sentiment de paix et de sérénité m’habite. Peu importe ce qui arrivera dans les prochaines secondes, j’étais absolument convaincu que tout le monde serait pour livrer le meilleur d’eux-mêmes. Dès que tous furent bien installé sur scène, j’ai fait signe à Michaël, et dès que les premières notes de son hautbois électronique jaillirent des hauts-parleurs, une profonde émotion m’enveloppa, et je pense bien qu’elle se propagea dans toute la salle. Je vous laisse voir par vous-même le résultat en vidéo.

Même si quelques pépins techniques d’ordre sonores sont venus perturber le numéro, le résultat fut grandiose. Jamais je n’ai senti une telle unicité dans le groupe, une telle volonté de porter Issaïa, emblême de féminité, dans le coeur des gens. Pour moi, ce fut un moment fantastique et inoubliable de pouvoir partager ma passion de cet instrument avec autant de gens. Une apothéose qui a dépassé toutes mes attentes. Je suis sorti de scène avec le sentiment d’avoir accompli une très belle et grande chose, et je me suis dit que c’est pour cette raison précise que j’enseigne le tambour africain aujourd’hui.

Merci à tous ceux et celles qui, de près ou de loin, ont réussi à faire en sorte qu’Issaïa puisse voir le jour!

Crédit photo: Rémi Giguère

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